Le mouvement barelvi : du soufisme au terrorisme
Le barelvisme a été créé au début du xxe siècle par Ahmad Riza Khan. Il s’agissait à l’origine d’un mouvement religieux soufi qui s’est peu à peu politisé. Ses membres militent pour l’islamisation de la société, tout en s’opposant à d’autres groupes inspirés du wahhabisme. Après les attentats du 11 Septembre, le soufisme a été présenté comme une alternative à l’islam radical. Néanmoins, une fraction des barelvis a elle-même basculé dans le terrorisme et cette violence a fini par toucher l’Europe.
Le 25 septembre 2020, une attaque à l’arme blanche fait deux blessés graves devant les anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris. Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse, le procureur antiterroriste Jean-François Ricard explique que l’auteur de l’attaque commise est un Pakistanais qui n’a fait allégeance à aucun groupe terroriste. Le magistrat évoque une vidéo dans laquelle le suspect annonce vouloir se venger des caricatures du Prophète, et dédie son acte à son guide spirituel Ilyas Qadri, leader d’une importante organisation barelvie pakistanaise : Dawat-e-islami (DI). Avant les faits, l’individu a également abondamment visionné des vidéos de Khadim Hussain Rizvi, chef du parti islamiste radical pakitanais barelvi, le Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP).
Concomitamment, au Pakistan, la question des caricatures – republiées par Charlie Hebdo à l’occasion du procès des attentats de janvier 2015 – provoque de graves tensions diplomatiques entre la France et le Pakistan, sous la pression du même parti. En septembre et octobre 2020, d’importantes manifestations anti-françaises sont organisées par le TLP, d’abord à l’occasion de la nouvelle publication des dessins satiriques jugés blasphématoires, puis après l’assassinat de Samuel Paty, en réaction à la revendication par le président français d’un « droit de caricaturer ».
Le 24 octobre, le chef du parti radical appelle le gouvernement pakistanais à déclarer le djihad contre la France et à lancer la bombe atomique sur ce pays. Dans la foulée, le Premier ministre pakistanais Imran Khan convoque l’ambassadeur de France, accusant Paris de mener une « campagne islamophobe systématique sous couvert de liberté d’expression ». Le 16 novembre, après trois jours de blocage à Islamabad, le TLP revendique la signature d’un accord avec le gouvernement pakistanais, aux termes duquel une motion d’expulsion de l’ambassadeur de France serait soumise au Parlement sous trois mois. Le TLP s’engage en retour à mettre fin au blocage du pays. Ce premier épisode de tensions prend fin avec la mort de Khadim Hussain Rizvi. Le jour des funérailles du leader du TLP, le ministère français des Affaires étrangères condamne les propos de la ministre des Droits de l’homme pakistanaise Shireen Mazari, qui affirme dans un tweet que « Macron fait aux musulmans ce que les nazis infligeaient aux Juifs ». […]
PLAN
- Le barelvisme : naissance d’une doctrine religieuse soufie
- La politisation du mouvement barelvi
- L’ambivalence du barelvisme vis-à-vis du terrorisme
- Le TLP, émergence d’un parti barelvi radical et violent
Olivia Hyvrier est commissaire de police. Elle a précédemment travaillé pour la Commission européenne et pour l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Elle a vécu pendant plusieurs années au Pakistan.
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