Le terrorisme en perspective
Les attentats du 11 septembre 2001 marquent l’entrée dans l’ère du terrorisme catastrophique. Depuis lors, le terrorisme a évolué. De nouvelles catégories de djihadistes ont émergé, en raison notamment de la dégradation de la situation en Irak. Le djihadisme finira sans doute par s’épuiser mais le terrorisme risque quant à lui de perdurer. Et la diffusion toujours plus large des technologies amènera des groupes de plus en plus limités à se doter de capacités de plus en plus destructrices.
Le terrorisme est une tactique qui sous-tend l’utilisation de moyens violents contre des non-combattants, à des fins politiques. Depuis environ 150 ans, la pratique terroriste fait preuve d’une remarquable continuité. Les attaques ont pratiquement toujours été menées à l’aide d’armes légères ou d’explosifs et ont généralement consisté à assassiner, prendre des otages, détourner des avions ou poser des bombes. Les terroristes sont historiquement conservateurs : ils n’ont que rarement essayé de nouvelles méthodes, préférant l’assurance d’une opération réussie à la poursuite – incertaine – d’effets plus importants. On relève toutefois quelques innovations sporadiques. L’attentat suicide tout d’abord – utilisé au début des années 1980 par les Tigres tamouls du Sri Lanka ou les chiites libanais – s’est maintenant diffusé chez les musulmans sunnites. Les Palestiniens, impressionnés par les résultats du Hezbollah, ont largement contribué à cette diffusion. Mais, d’une manière générale, les outils utilisés sont restés similaires.
Il en va de même pour l’échelle de la violence. La violence terroriste est particulièrement difficile à jauger en termes de volume. Le nombre d’attaques fluctue grandement en fonction de l’époque, et la distinction ténue entre terrorisme et insurrection rend les choses encore plus compliquées. Les effets directs de chaque attaque ont peu varié. Les attentats provoquant simultanément la mort de plus de 10 personnes sont peu fréquents. Ceux qui causent plus de 100 décès sont très rares. C’est une des raisons pour lesquelles l’attentat de Lockerbie en Écosse et celui du vol UTA 772 en 1989 sont devenus si emblématiques. La réflexion sur l’échelle de la violence a sa raison : le terrorisme veut produire des effets politiques significatifs par des actes de violence limités. D’où la fameuse expression : « Le terrorisme, c’est peu de victimes mais beaucoup de spectateurs ». Du fait de la répétition des mêmes tactiques et de la rareté des attaques de grande ampleur, le terrorisme est longtemps demeuré une préoccupation de sécurité de second ordre – même s’il s’agissait, pour les journalistes de tout poil, d’un sujet de premier ordre. Le risque de mourir d’une piqûre de guêpe ou d’être frappé par la foudre était généralement bien plus grand que celui de périr dans un attentat. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- L’accélérateur irakien
- Trois catégories nouvelles de terroristes
- La diffusion du djihad
- Existe-t-il une sortie du terrorisme ?
- L’avenir du terrorisme sponsorisé par les États
- Au-delà de l’islam radical
Daniel Benjamin, ancien collaborateur du Conseil national de sécurité pour les menaces transnationales et le contre-terrorisme, a rejoint l’International Security Program du Center for Strategic and International Studies au titre de Senior Fellow (2001). Menant parallèlement une carrière de journaliste, il est aussi l’auteur, avec Steven Simon, de The Age of Sacred Terror (New York, Random House, 2002) et de The Next Attack (New York, Henry Holt/Times Books, 2005).
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