Le traité d’Aix-la-Chapelle : promesse de convergence pour couple divisé
Le traité d’Aix-la-Chapelle, sous de multiples engagements, dissimule nombre de désaccords : sur la défense, l’avenir de l’Union européenne, les politiques économiques, les rapports avec la Russie… La campagne pour les élections européennes a d’ailleurs éclairé ces divergences. L’ensemble franco-allemand a néanmoins réussi à préserver une étonnante capacité de compromis : c’est sur cette capacité que s’appuie sa durabilité, au-delà d’un traité qui pourrait ne pas remplir ses promesses.
« Les traités, voyez-vous, sont comme les jeunes filles et les roses : ça dure ce que ça dure ! »
Charles de Gaulle, à propos du traité de l’Élysée, après sa ratification par le Bundestag
La crise qui frappe ce qu’on appela naguère « l’Ouest » rend a priori une entente étroite entre la France et l’Allemagne plus indispensable que jamais. Le traité d’Aix-la-Chapelle, signé le 22 janvier 2019, répond donc aussi aux défis lancés par la réorientation de la politique américaine sous Donald Trump et l’impact du Brexit, sans mentionner les besoins intrinsèques d’une « relance » européenne, rendue nécessaire par les insuffisances structurelles de l’UE.
L’idée d’un nouveau traité franco-allemand revient à Emmanuel Macron, qui l’a formulée dans son discours à la Sorbonne – même si le projet d’un « nouveau traité de l’Élysée » avait été envisagé avant son élection de 2017. Que les deux pays souhaitent rapprocher leurs positions politiques économiques traduit les enjeux de ce début de XXIe siècle : l’ordre international (et européen) est menacé par la montée en puissance d’acteurs autoritaires comme la Chine d’un côté, et de l’autre par l’imprévisibilité d’une Amérique sur laquelle plus aucun « allié » ne peut plus compter avec certitude. La cohésion de l’UE est minée à l’intérieur par la fragmentation de ses sociétés et la montée des mouvements populistes et eurosceptiques, ainsi qu’à l’extérieur par des conflits armés et l’effondrement de structures étatiques fragilisant son « voisinage », tant à l’Est qu’au Sud.
Dans ce contexte de crise et d’incertitude, le franco-allemand non seulement s’avère nécessaire, mais il symbolise la survie des principes du « monde d’hier », fondés sur les idées de réconciliation et de multilatéralisme voire, jusqu’à un certain degré, de supranationalisme.
Avec ce nouveau traité, France et Allemagne mettent la barre très haut. Car les enjeux qu’il identifie sont ceux sur lesquels les accords entre les deux pays font défaut depuis longtemps. Le traité d’Aix-la-Chapelle n’a pas pour vocation de promouvoir l’amitié ou la réconciliation entre la France et l’Allemagne – le processus est clos –, mais de favoriser leur convergence dans des domaines où ils divergent encore. Les formulations du traité en témoignent, comme les malentendus, voire les accrochages, qui l’ont suivi tout au long de l’année 2019. [...]
PLAN
- Un traité de coopération qui cache des désaccords
- Le difficile pas de trois franco-germano-russe
- Les heurts de la campagne européenne… et leurs suites
- Des compromis qui ne gomment pas les désaccords
- Un traité mort-né ?
Hans Stark est secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Ifri et professeur de civilisation allemande à Sorbonne Université.
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Le traité d’Aix-la-Chapelle : promesse de convergence pour couple divisé
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