Les pays du Golfe et Israël : une convergence d’intérêts ?
Après des décennies d’opposition, Israël et les pays du Golfe se sont rapprochés depuis les années 2000 puis après les Printemps arabes. Israéliens, Saoudiens et Émiriens partagent une obsession anti-Frères musulmans et contre le programme nucléaire et l’expansion régionale de Téhéran. Leur entente, de plus en plus visible, se développe sous le signe du relatif retrait régional des États-Unis, et d’un « plan de paix » conforme aux intérêts israéliens, et ignorant dangereusement la question palestinienne.
Le 26 janvier 2020, Israël a annoncé qu’il autorisait officiellement ses citoyens à voyager en Arabie Saoudite pour motifs religieux ou économiques. Même si les autorités saoudiennes se sont empressées de déclarer qu’aucun ressortissant détenteur d’un passeport israélien ne pourrait entrer dans le Royaume, plusieurs commentateurs ont estimé que cette décision était liée au « plan de paix » américain pour le Proche-Orient, qui devait être dévoilé deux jours plus tard par Donald Trump.
Ce plan repose en effet sur un volet politique favorisant les intérêts d’Israël, et un volet économique qui charge la communauté internationale, et en premier lieu les pays du Golfe, de soutenir le développement économique des Territoires palestiniens. Ce grand projet, élaboré par Washington et Tel Aviv avec l’approbation de certaines capitales du Golfe, est défini en Israël comme la consécration et le point de départ possible d’une nouvelle « entente cordiale » avec l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et Oman. À ceci près que l’Arabie Saoudite ne souhaite pas médiatiser sa relation avec Israël, ne voulant pas se discréditer sur la question palestinienne. Là est toute l’ambigüité de la position golfienne sur Israël.
Après plus de 70 ans de tensions et d’oppositions, les relations israélo-golfiennes sont indéniablement entrées dans une nouvelle ère de convergences stratégiques, à la faveur des ondes de choc des révoltes arabes. La crainte des Frères musulmans et de l’Iran, la recherche de nouveaux partenaires économiques, le besoin de satisfaire les exigences de l’allié américain, ont constitué autant de facteurs propices au réchauffement des relations entre Israël et certaines monarchies du Golfe. Si les contours et la nature exacte de cette relation demeurent flous et sujets à extrapolation, elle n’en constitue pas moins un nouveau paradigme dans les relations israélo-arabes, et une nouvelle donnée structurante des rapports de force qui agitent le Moyen-Orient. Les perdants de ce rapprochement pourraient bien être les Palestiniens, dont les revendications légitimes ne semblent plus être au centre des préoccupations régionales. […]
PLAN
- Deux obsessions : l’Iran, les Frères musulmans
- Le retrait américain du JCPOA, ciment de la relation Israël – Arabie Saoudite – États-Unis
- Gestes de rapprochement, rencontres publiques, ballons d’essai - La start-up nation rencontre les » jeunes réformateurs » du Golfe
- Israël et les pays du Golfe face à un allié américain réticent à garantir la sécurité régionale
- Le marchandage américain du dossier palestinien
- L’irritant palestinien : pour combien de temps encore ?
Elisabeth Marteu est titulaire d’un doctorat de l’Institut d’études politiques de Paris, et chercheur spécialiste du Moyen-Orient.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Les pays du Golfe et Israël : une convergence d’intérêts ?
Lutte contre le terrorisme : la Belgique, maillon faible ?
Après les attentats de 2015 et 2016, la Belgique a été pointée du doigt et a fait l’objet d’un véritable Belgium bashing. Les critiques émises étaient parfois exagérées mais pas totalement injustifiées : les ministères régaliens avaient fait l’objet de coupes budgétaires drastiques et la complexité du système politico-administratif belge rendait la coopération entre services difficile. Une commission d’enquête a tiré les leçons des attentats et de profondes réformes ont été entreprises.
La France face à la politique économique de Trump
La plupart des réformes annoncées en matière commerciale par le candidat Trump n’ont pas été mises en œuvre. La France peut tirer profit de l’existence de nombreux intérêts communs pour défendre sa vision d’une mondialisation à la fois libre-échangiste et régulée. Cependant, l’hypothèse d’un recours croissant à des mécanismes de protection et d’un rejet du multilatéralisme doit aussi être envisagée, notamment du fait de l’attitude de la Chine et de ses alliés.
Iran : architecture du pouvoir et conservatisme
Les institutions politiques iraniennes sont difficiles à déchiffrer. Elles sont les héritières de traditions particulières et de la Révolution de 1979. Les sources du pouvoir sont multiples : électorales, religieuses, économiques, groupes de pression, réseaux d’influence, etc. Au-delà de la dualité visible président/Guide suprême, le compromis établi entre traditions, loi religieuse et acquis libéraux est complexe et réduit la probabilité d’une évolution rapide du régime.
Le Monténégro ou la fragilité à toute épreuve
Le Monténégro est désormais membre de l’Alliance atlantique, et peut-être l’État des Balkans occidentaux le plus avancé sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne. Il a pu développer son ancrage régional et ses échanges avec les États voisins, au moment où ses relations avec Moscou se faisaient plus difficiles. Son identité nationale reste néanmoins fragile. L’économie connaît de réelles difficultés, et son système politique fait l’objet d’une contestation interne croissante.