À l'est du Congo, les racines d'un quart de siècle de violence
Près de 30 ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, toute la région reste déstabilisée. Après l'arrivée de Paul Kagame au pouvoir, un million et demi de Hutus avaient fui en République démocratique du Congo. Ils représentaient pour le président rwandais une menace inacceptable. S'en sont suivies les deux guerres du Congo dont les séquelles sont encore visibles. Les récentes attaques perpétrées par les rebelles du M23 constituent un nouvel épisode de cette tragique histoire.
Fin septembre 2022, l’ancien président François Hollande s’est rendu en République démocratique du Congo (RDC) avec son épouse Julie Gayet. Il a inauguré la nouvelle aile de l’hôpital de Panzi, dans la banlieue sud de Bukavu, où les chirurgiens congolais ont été initiés à la technique nouvelle de la laparoscopie. Cette dernière permet de réaliser des opérations « par voie haute », à partir d’images filmées à l’intérieur de la cavité abdominale par une petite caméra glissée via une incision de quelques centimètres.
Avec fierté, le docteur Denis Mukwege – médecin-chef de l’hôpital de Panzi – a précisé à ses hôtes que cette technique, introduite en RDC voici une dizaine d’années par le praticien belge Guy-Bernard Cadière, lui permettait désormais de traiter plus facilement les lésions causées par les violences sexuelles. Le Prix Nobel de la paix a longuement expliqué comment, dans l’est du Congo, la guerre a pris racine : apparaissent aujourd’hui dans ses consultations des jeunes femmes sexuellement abusées par des hommes en armes, qui lui expliquent que, vingt ans plus tôt, leur mère avait déjà subi le même sort…
En dépit des accords de paix signés en 2002 à Sun City en Afrique du Sud et malgré le déploiement de la plus ancienne et plus coûteuse des missions onusiennes, la paix n’a jamais été rétablie dans le Nord et le Sud du Kivu. Le désordre s’est même étendu à la région de l’Ituri, au nord de la ville de Goma, en proie à la terreur pratiquée par les Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF), milices musulmanes d’origine ougandaise initialement opposées au président ougandais Yoweri Museveni. Des observateurs comme l’Américain Jason Stearns évaluent à plus de 120 les groupes armés actifs dans l’est du Congo.
Interrogé sur les causes de cette guerre sans fin, François Hollande, saluant les efforts de la diplomatie française et du président Macron, a assuré que son pays ne portait aucune responsabilité dans la déstabilisation de la région. Pour comprendre la persistance de la violence, son émiettement entre une multitude de groupes armés et la réapparition du mouvement M23 – qui occupe la localité de Bunagana sur la frontière ougandaise et bénéficie du soutien de l’armée rwandaise –, un retour en arrière s’avère indispensable. […]
PLAN
- L’onde de choc du génocide des Tutsis au Rwanda
- Les séquelles de la deuxième guerre du Congo
- Brassage et mixage : une recette pour l’impunité
- Des rebelles en gestation
- Les soldats de la paix en terrain piégé
- Le retour du M23
Colette Braeckman, journaliste belge, a été grand reporter au Soir. Spécialiste de l'Afrique, elle a publié plusieurs ouvrages sur le Rwanda et la République démocratique du Congo.
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