L’Europe reste-t-elle une « colonie numérique » des États-Unis ?
Les révélations d’Edward Snowden, l’affaire Cambridge Analytica et la transformation numérique accélérée par la crise du Covid-19 ont agi comme des révélateurs de la dépendance technologique de l’Europe à l’égard de puissances étrangères. La Commission européenne se veut le fer de lance de la « décolonisation numérique », mais les capacités d’investissement sur le Vieux Continent sont bien moindres qu’aux États-Unis et en Chine. L’Europe a néanmoins quelques atouts à faire valoir.
Dans son discours sur l’état de l’Union européenne (UE) de septembre 2020, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen évoquait une « décennie numérique », censée traduire le niveau des ambitions de Bruxelles dans le champ technologique. Adossée au Pacte vert qui recouvre la transition écologique, cette ambition sera financée à hauteur de 20 % du plan de relance de l’UE, doté de 750 milliards d’euros.
Confiée aux commissaires européens Margrethe Vestager et Thierry Breton, la mise en œuvre de la montée en puissance de l’Union dans les compétences, les infrastructures et les technologies numériques a été esquissée dans le document doctrinal « Boussole numérique », avec un horizon porté à 2030. L’adoption quasi concomitante du Digital Services Act (DSA) et du Digital Market Act (DMA) – futurs textes modèles du numérique européen – traduit la création d’un cadre propice à l’innovation, en régulant la concurrence et l’harmonisation fiscale face aux acteurs non européens.
Ce foisonnement d’initiatives européennes dans le numérique ne surprend pas à l’heure de la crise du Covid-19. La numérisation accélérée des activités socio-économiques depuis mars 2020 a engendré une nouvelle prise de conscience de l’écheveau des dépendances technologiques du Vieux Continent, essentiellement envers les États-Unis. Moins de huit ans après les révélations d’Edward Snowden (juin 2013) sur les pratiques d’espionnage à grande échelle de la National Security Agency (NSA), de nouveaux appels à instaurer une « souveraineté numérique » européenne ont été lancés par les décideurs de l’UE et certains chefs d’États membres (Allemagne, France).
Le contexte actuel est marqué par l’expression de tendances globales contradictoires (interdépendances technologiques et financières versus « découplage » sino-américain), sur fond de vives tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine. En 2021, la lecture d’une Europe « colonie numérique » s’oppose toujours à une approche plus nuancée, insistant sur le volontarisme de l’actuelle Commission européenne en matière de protection des données personnelles et industrielles, de fiscalité numérique et de transparence des algorithmes. Malmenés sous la présidence de Donald Trump, les Européens peuvent-ils affronter leurs propres vulnérabilités numériques, et ne pas subir la compétition sino-américaine ? […]
PLAN
- Europe : des dépendances numériques fortes
- Le constat en trois temps d’une souveraineté numérique déficiente
- L’ombre portée de la compétition sino-américaine - Une « décolonisation » numérique en trompe-l’œil ?
- Le cadre financier des ambitions européennes : le marché d’abord
- Le projet Gaia-X de « meta-cloud » européen
- Le RGPD, un aboutissement pour l’Europe ? - « L’Europe puissance » à l’épreuve du numérique
- Les limites de la « troisième voie » européenne
- L’administration Biden et l’enjeu transatlantique
- L’administration Biden et l’enjeu transatlantique
Julien Nocetti est enseignant-chercheur à l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan et chercheur associé à l’Institut français des relations internationales.
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Le Venezuela peut-il sortir de l'impasse ?
Depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela s’enfonce dans la crise. Au niveau politique, l’opposition est divisée et ne parvient pas à faire bloc face au président Maduro. Ce dernier prend des mesures de plus en plus contestées, comme la mise en place d’une Assemblée nationale constituante qui lui est acquise. Sur le plan économique, le pays est dépendant du pétrole et pâtit de la baisse des cours. L’inflation est devenue incontrôlable et la pauvreté extrême progresse.
Des empires dans tous leurs États
L’idée d’empire s’est concrétisée en Europe dans une histoire complexe, héritière de l’éclatement de l’empire romain, du Saint-Empire romain germanique à l’empire austro-hongrois et à celui des tsars. Les empires peuvent être des facteurs de paix en internalisant les conflits, mais aussi, comme au xxe siècle, facteurs de guerre. Leur dissolution conduit souvent à l’instabilité ; mais leur mode de fonctionnement pré-national pourrait aussi aider à penser le post-national.
Les débats contemporains sur « la fin des États »
La thématique de « la fin des États » a suscité de vigoureux débats dans les cercles universitaires dans les années 1970 et à la fin de la guerre froide. Ils ont connu de nouveaux développements après le 11 septembre 2001, la crise économique de 2008, le Brexit et la victoire de Donald Trump. Si l’on examine ces débats à travers un triple prisme – stratégique, économique et morphologique –, on s’aperçoit que l’opposition entre disparition et résistance des États est largement stérile.
Danser avec les États
Depuis les années 1990, l’Europe a connu un processus de fragmentation, et ses États les plus anciens subissent aujourd’hui des tentations sécessionnistes. Ailleurs, nombre d’intégrités territoriales ont volé en éclat et la mondialisation accouche, de fait, d’une multiplication des structures étatiques. Sur l’impuissance de nombre des nouveaux États rôde l’ombre des empires, mal disparus ou renaissants, et la sécession ne garantit pas le fonctionnement harmonieux des nouveaux États.