L’orpaillage au Sahara : un défi pour la stabilité des États
En 2009, une ruée vers l’or a démarré au Soudan. Elle s’est propagée à travers le Sahara jusqu’à atteindre la Mauritanie en 2016. L’orpaillage a d’abord été vu comme une menace, susceptible d’alimenter les conflits et le terrorisme. Une perception plus positive a ensuite émergé, l’extraction du précieux minerai offrant de nouvelles perspectives à des populations marginalisées. L’or est une source de revenus et joue aussi un rôle de soupape politique et sociale pour ces régions instables.
A partir de 2008, le cours de l’or a connu une hausse spectaculaire et l’exploitation aurifère artisanale est devenue un moyen de subsistance pour des millions de personnes à travers le monde. Phénomène aussi massif qu’incontrôlable, l’orpaillage touche les pays les moins avancés et les pays émergents. Il mobilise l’attention de nombreux acteurs – institutions internationales, organisations non gouvernementales, gouvernements, industriels, etc. Les États concernés tendent à le percevoir comme un défi posé à l’ordre public : il est potentiellement source de conflits (tensions avec les populations autochtones, accaparement par des groupes armés, financement du terrorisme, etc.), de dégradations environnementales (déforestation et pollution au mercure) et de problèmes sociaux (conditions de travail, d’hygiène et de santé déplorables, exploitation des enfants, prostitution, travail forcé, etc.). Cette exploitation aurifère constitue également un risque pour les entreprises internationales qui doivent veiller à ne pas insérer « l’or de conflit » dans leurs chaînes d’approvisionnement.
Les régions saharo-sahéliennes sont particulièrement concernées par ce phénomène. S’il est impossible d’obtenir des chiffres précis, on estime que 10 % de la population active du Mali, du Burkina Faso et du Niger vivrait directement ou indirectement de l’orpaillage. Accaparée par les élites économiques nationales et certains investisseurs internationaux, la chaîne de transformation du minerai aurifère et de commercialisation de l’or relève d’un nombre réduit d’acteurs. Mais l’extraction minière nécessite beaucoup de main-d’œuvre non qualifiée et induit de nombreux emplois indirects (ravitaillement, commerce, transport, etc.) pour la jeunesse urbaine et rurale. Si l’exploitation de l’or ne profite pas également à tout le monde, elle constitue un tournant majeur dans la trajectoire de développement de régions particulièrement déshéritées en périphérie des États. […]
PLAN
- Le « système saharien » : une ruée vers l’or contemporaine
- Enjeux de gouvernance des « grands espaces » - L’orpaillage : enjeux de régulation et de stabilisation pour les États
- Au Nord-Niger : un contrôle étatique discret et à distance
- En Mauritanie : un modèle réussi d’encadrement centralisé de la ruée vers l’or ?
- Aux confins soudanais, tchadiens et libyens : un enjeu ignoré des conflits
- Dans le sud-algérien : entre répression et soupape sociale
- Au Nord-Mali : un effet stabilisateur ?
Laurent Gagnol, docteur en géographie, est maître de conférences à l'université d'Artois, au laboratoire UR 2468 Discontinuités.
Rhoumour Ahmet Tchilouta est doctorant à l'université Grenoble Alpes, au laboratoire UMR 5194 Pacte.
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L’orpaillage au Sahara : un défi pour la stabilité des États
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