L’OTAN en Afghanistan : quels enseignements ?
L'incontestable échec de l'OTAN en Afghanistan renvoie à de multiples facteurs : définition tardive de la mission ; tâches multiples de sécurisation, reconstruction, aide au développement, formation de l'armée ; confrontation asymétrique nouvelle ; cohésion imparfaite entre alliés… L'effet négatif sur la réputation de l'Alliance est clair. Celle-ci doit redéfinir sa stratégie autour de sa mission prioritaire de sécurisation en Europe et des formes de conflits hybrides qui s'annoncent.
Vingt ans après la décision d’activer l’article 5 du traité de Washington pour la première fois de son histoire, suite aux attentats du 11 Septembre, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) a quitté l’Afghanistan en août 2021 dans des circonstances dramatiques. Beaucoup s’interrogent rétrospectivement sur le sens de cette mission qui, au-delà de l’OTAN, a largement impliqué la communauté internationale, la mission de l’Alliance étant placée sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies (18 résolutions). Ces circonstances ont conduit certains, déjà sceptiques, à pronostiquer la « fin des interventions » de l’OTAN.
Alors que l’Alliance est engagée dans l’élaboration de son Concept stratégique 2030, nombre de sujets, identifiés « hors zone » dans le cas de l’Afghanistan mais concernant effectivement la conduite des opérations, resteront d’actualité dans la zone de responsabilité du traité de Washington, notamment dans le cadre des missions de défense des États membres.
De la mission en Afghanistan, on retiendra les questions suivantes pour évaluer la pertinence d’un engagement : le sens de la mission ; la nature de la confrontation ; le niveau d’ambition ; les facteurs de cohésion alliée ; la situation ex post et les leçons pour l’avenir.
Une opération extérieure implique d’abord de gagner l’adhésion de la population visée, et pas seulement de contrôler un territoire. L’OTAN des années 2030 affichera-t-elle une gouvernance pouvant produire un « consensus », Américains et Européens s’équilibrant et se complétant dans un effet politique durable, susceptible de convaincre les populations que l’on entend sécuriser ? La question d’une « alliance égalitaire » est impliquée par l’action conduite en Afghanistan : elle est prudemment évoquée dans le rapport des experts sur la Stratégie 2030 et nourrit implicitement les discussions sur la « souveraineté européenne » en matière de défense et sa relation à l’OTAN.
Une mission quasi fortuite aux contours imprécis
Après la chute des talibans et la coalition « Liberté immuable » destinée à pourchasser Ben Laden, la conférence de Bonn confie en décembre 2001 la direction de l’Afghanistan à Hamid Karzai. Le Conseil de sécurité autorisait alors la constitution d’une Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), dont la mission se limitait à la sécurisation de la région de Kaboul. […]
PLAN
- Une mission quasi fortuite aux contours imprécis
- Guerre asymétrique : l’OTAN peut-elle, sait-elle faire ?
- State Building : « guerre sans fin » pour une mission sans fin ?
- La cohésion de l’Alliance : les États-Unis ont-ils toujours besoin de l’OTAN ?
- L’OTAN et la stabilité en Europe : le défi des conflits hybrides
Ancien secrétaire général-adjoint de l'OTAN (2007-2010) et directeur des affaires internationales d'Eutelsat (2011-2020), Jean-François Bureau est consultant à l'international spécialisé dans le domaine de la défense.
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