L’Union européenne peut-elle apaiser les rapports Paris-Alger ?
L'Algérie et l'Union européenne (UE) sont liées par un accord d'association entré en vigueur en 2005, mais cet accord n'a pas permis d'insuffler les réformes attendues par Bruxelles. La Politique européenne de voisinage offre néanmoins des avantages et opportunités. Son côté technocratique et pragmatique peut permettre de conduire des coopérations de manière dépassionnée, même si les tensions récurrentes entre Paris et Alger ne manquent pas d'affecter la relation avec l'UE.
Le 8 mai 1945, la Seconde Guerre mondiale se termine en Europe. Le Vieux Continent est en ruines et ses hommes d’État réfléchissent à la manière d’y construire une paix durable. Cinq ans plus tard, au lendemain de l’anniversaire de l’armistice, la déclaration du ministre des Affaires étrangères français Robert Schuman pose les jalons de la construction européenne, dont l’Union européenne (UE) actuelle est le fruit.
En Algérie, le 8 mai 1945 a tourné au drame. Alors que des défilés sont organisés pour fêter la fin des hostilités en Europe, les partis nationalistes algériens manifestent dans plusieurs villes de l’est du pays pour rappeler à la France leurs revendications nationalistes. Les manifestations virent à l’émeute et sont réprimées brutalement par les autorités françaises. Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata auraient fait, selon Benjamin Stora, entre 20 000 et 30 000 morts. Cette date présage des événements des Aurès neuf ans plus tard, et sert de référence au lancement de la guerre de libération.
Ainsi l’Algérie indépendante et le projet européen trouvent-ils leurs origines dans les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale. La Charte de l’Atlantique (1941) comprend d’ailleurs les bases de la décolonisation et du dépècement des empires européens, comme les principes de l’intégration européenne.
En dépit d’un point de départ commun, l’État algérien et l’intégration européenne obéissent à des dynamiques très différentes, voire antinomiques. L’Algérie indépendante est née d’une confrontation. Elle s’est construite en mettant en place un État jacobin, centralisateur et dirigiste, ainsi qu’une identité nationale mettant l’accent sur la souveraineté. Les trois piliers de l’Algérie indépendante étaient l’arabisme, l’islamisme et le socialisme : tous éléments la différenciant du colonisateur.
La Communauté européenne résulte, elle, d’une dynamique d’apaisement. Construite sur la base d’une coopération solidaire entre ses États membres, de la subsidiarité et du partage de la souveraineté, elle développe une identité supranationale qui met en exergue les valeurs partagées par les États membres plutôt que leurs singularités. Le projet européen a aussi beaucoup emprunté aux piliers de la République française. [...]
PLAN
- Axiomes et narratifs de la politique algérienne
- L’héritage de la guerre d’Indépendance
- Les doctrines de la guerre froide
- Les tentatives manquées d’ouverture - Les relations entre l’Algérie et l’Union européenne
- Entre l’indépendance et le traité de Maastricht
- La naissance d’une Politique européenne de voisinage
- L’accord d’association UE-Algérie et les vingt glorieuses de Bouteflika
- Le vent du Hirak - Le triangle Alger-Bruxelles-Paris
- Une diplomatie de coopération
- Assurer à l’Europe son effet de levier
- S’affranchir de l’histoire
- Quo vadis Numidia ?
John O’Rourke a été ambassadeur, chef de la délégation de l'Union européenne en Algérie de 2016 à 2021.
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