L’urbanisation du monde : pourquoi, jusqu’où ?
Depuis le XVIIIe siècle, le passage d’une économie agricole à une économie industrielle a produit une forte urbanisation. À la fin du XXe siècle, la dynamique de globalisation a relancé la hausse des taux d’urbanisation dans les nœuds économiques essentiels, alors que l’Afrique voyait ses campagnes se vider au profit des villes porteuses d’emplois formels ou informels. Aucun facteur simple ne permet de prédire une hausse continue du taux d’urbanisation, un phénomène qui revêt également des formes très diverses.
Depuis la fin du XVIIIe siècle, quatre grands processus bouleversent la géographie de la population. La transition démographique a multiplié par plus de sept le nombre d’habitants sur Terre depuis 1800 ; là où elle est terminée, elle est suivie d’une période post-transitionnelle qui se traduit dans de nombreux pays par un « hiver démographique », engendrant dépopulation et même dépeuplement dans une quinzaine de pays du Nord. Les migrations internationales ont considérablement modifié la répartition spatiale des populations du monde, par exemple en contribuant à multiplier par 66 la population des États-Unis depuis 1800. Le vieillissement de la population est un processus plus récent : le phénomène le plus inédit du XXIe siècle. Enfin, l’urbanisation a transformé le peuplement de la planète.
Durant des millénaires, une population urbaine très minoritaire
Au moins depuis les premières sédentarisations, le monde a toujours eu des territoires urbains, lieux de concentration nécessaires. Les villes existent parce qu’elles satisfont certaines fonctions : fonctions politiques, administratives, judiciaires ou religieuses ; fonctions de refuge face à l’insécurité des territoires ruraux environnants ; fonctions commerciales liées, par exemple, à une position centrale dans une région agricole ; fonctions économiques liées aux économies d’échelle ; fonctions productives, avec des ressources spécifiques à exploiter ; fonctions d’échange dans les ports ou les villes sur une confluence…
Jusqu’à l’ère industrielle, dans une économie à forte dominante agricole, le poids démographique de la population urbaine était faible, inférieur à un dixième de la population totale. Cette faiblesse démographique des villes tenait aussi à ce que, jusqu’au début du XIXe siècle, leur solde naturel, notamment du fait de leurs conditions sanitaires et hygiéniques, était négatif, leur population ne se maintenant que par l’afflux incessant des populations rurales vivant alentour. […]
PLAN
- Durant des millénaires, une population urbaine très minoritaire
- Industrialisation et décollage de l’urbanisation
- Urbanisation et structuration du monde en États indépendants
- L’attraction de villes refuges géopolitiques
- Taux d’urbanisation et villes attractives
- La globalisation, nouveau stimulant de l’urbanisation
- Les facteurs de la métropolisation
- Des dynamiques d’urbanisation variées
- Gouvernance nationale et gouvernance urbaine
- Urbanisation et armature urbaine
- Prospective de l’urbanisation
Gérard-François Dumont est professeur à l’université Paris-Sorbonne et président de la revue Population & Avenir.
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L’urbanisation du monde : pourquoi, jusqu’où ?
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