Mali : quelle réforme du secteur de la sécurité ?
Les réformes du secteur de sécurité (RSS) entreprises dans plusieurs pays africains ont produit des résultats contrastés. En Guinée-Conakry, des mesures d’urgence ont suscité l’espoir, mais n’ont pas été suivies dans la durée. En Côte d’Ivoire, les effets positifs semblent plus pérennes. Au Mali, la RSS s’est embourbée par manque de volonté politique. Le double coup d’État de 2020 et 2021 vient compliquer la donne, mais la communauté internationale doit maintenir la pression sur les autorités.
La crise malienne de 2012 s’est révélée protéiforme : rébellion touarègue précipitée par la chute du régime libyen, multiplication des groupes djihadistes, différents conflits intercommunautaires au centre et au nord, coup d’État en 2012, armée sous-équipée et rongée par les conflits internes, État qui, après avoir été présenté comme un modèle de démocratisation, s’est retrouvé étiqueté comme « failli » … Il ne s’agissait donc pas seulement d’une crise sécuritaire mais bien d’une crise de gouvernance sécuritaire, nécessitant une approche de state building.
Le Mali n’a pas seulement besoin d’armes et de munitions ; aucune avancée ne sera possible sans une réforme profonde de l’architecture sécuritaire. La réforme du secteur de la sécurité (RSS) est ainsi une condition sine qua non du retour de l’État sur l’ensemble du territoire et du redéploiement effectif des forces de sécurité. C’est là une des priorités de la communauté internationale, qui a multiplié les efforts bilatéraux pour aider Bamako. Pourtant, dix ans après la crise de 2012, les réformes se font attendre, malgré des progrès tactiques des forces armées.
Une RSS, pour quoi faire ?
Les RSS peuvent être classées en deux grands types. Le premier modèle consiste en des opérations courtes de formation, assorties d’un soutien de la communauté internationale aux entraînements et à l’équipement du pays récipiendaire. Ici, les partenaires étrangers ne cherchent pas à modifier en profondeur des institutions : on fait le pari de l’amélioration opérationnelle et on espère que la formation des individus entraînera une réforme des institutions. Ce modèle est simpliste, mais reste utilisé dans les cas où la crise à résorber est essentiellement sécuritaire et urgente. Dans un contexte de stabilisation, ce type d’approche permet d’avoir un impact rapide.
Un second type de RSS est plus en vogue depuis le début des années 2000. Il nécessite une approche plus holistique combinant des objectifs de court, moyen et long termes pour « développer un consensus » et une « stabilisation de l’environnement sécuritaire ». On rentre ainsi dans une logique de state building avec une réforme plus profonde des institutions, incluant un renforcement du contrôle civil et de la gouvernance démocratique. Ce modèle ne peut être mis en œuvre que s’il repose sur une appropriation et une volonté politique du pays hôte. […]
PLAN
- Une RSS, pour quoi faire ?
- Qu’est-ce qu’une RSS qui fonctionne pour la communauté internationale ?
- Guinée-Conakry, 2008-2010
- Côte d’Ivoire post-2011 - Mali : comprendre les besoins de réforme
- Autopsie d’un embourbement sous IBK
- L’impact des coups d’État
- La communauté internationale et la RSS « par coordination »
Marc-André Boisvert est post-doctorant à l'Université du Québec à Montréal. Ancien journaliste basé en Afrique, il a siégé au groupe d'experts de l'ONU pour le Comité des sanctions sur le Mali.
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