Mondialisation : la vraie rupture du XXe siècle
Au-delà de comparaisons faciles entre la fin du XIXe et celle du XXe siècle, cet article s’attache à montrer combien la mondialisation économique diffère de l’internationalisation du siècle précédent, par son intensité et par sa complexité. Il analyse le choc qu’a représenté pour les économies de la fin du XIXe siècle la convergence des prix et des salaires, liée à l’internationalisation, et la réponse alors apportée par les gouvernements. Comparant les mouvements de rejet suscités par les deux phénomènes, il explique pourquoi l’opposition contemporaine à la mondialisation a mis plus longtemps à se manifester et souligne le rôle fondamental du contexte institutionnel, national et international. À cet égard, les oppositions actuelles à la mondialisation placent au coeur des préoccupations d’aujourd’hui les conditions mêmes de sa gouvernance.
La « mondialisation » est-elle un phénomène nouveau de la fin du XXe siècle ou un simple retour de ce processus d'internationalisation qui caractérisa la fin du XIXe siècle ? Le monde était en effet déjà très intégré à l'époque, à travers des échanges de marchandises, des mouvements de capitaux et des flux migratoires beaucoup plus importants qu'aujourd'hui. Le parallèle historique suggère en tout cas que la mondialisation contemporaine pourrait bien être réversible.
Cet article poursuit deux objectifs. Les deux premières parties précisent d'abord la comparaison entre ces deux périodes de l'intégration économique, l'internationalisation de la fin du XIXe siècle et la mondialisation contemporaine. Puis une troisième partie s'appuie sur l'analogie historique pour réfléchir à l'avenir de la mondialisation. Car l'internationalisation d'hier, comme la mondialisation d'aujourd'hui, a suscité des réactions hostiles qui ont conduit à certaines formes de rejet. Sans doute ne s'agit-il pas ici d'évoquer le spectre de la grande dépression et des crises des années 30, occurrences historiques uniques imputables à la conjonction de multiples causes, mais plutôt d'insister sur la nécessité de gérer la mondialisation.
PLAN DE L'ARTICLE
- L'internationalisation de la fin du XIXe siècle : une première rupture
- Le moteur du progrès technique
- Le choc de l'internationalisation : convergence et redistribution
- Puissance des politiques nationales - Mondialisation : l'intégration globale à la fin du XXe siècle
- Institutionnalisation de l'internationalisation
- Intensification des échanges
- Des interdépendances plus complexes - Gouverner la mondialisation
Pierre Jacquet est directeur adjoint de l’Ifri et rédacteur en chef de Politique étrangère.
Frédérique Sachwald est responsable des études économiques à l’Ifri et professeur associée à l’université Paris XIII.
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Mondialisation : la vraie rupture du XXe siècle
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