OTAN-Russie : la "question russe" est-elle européenne ?
La relation Russie/OTAN a hérité des élargissements de l’Alliance, ou du Kosovo de 1999, une image et des perceptions croisées complexes. Mais elle ne peut désormais se penser dans un strict cadre de sécurité européen : le nouveau potentiel et les ambitions russes obligent à la resituer à un niveau plus général. Le triangle États-Unis/Europe/Russie est dorénavant au centre de la sécurité globale, et c’est dans ce cadre que peuvent être pensés les futurs rapports Russie/OTAN.
Depuis 1991, la relation Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN)/Fédération de Russie a été le principal baromètre des relations russo-occidentales. Durant la guerre froide, l’Alliance a d’abord servi à traiter la « question allemande » et à parer la « menace soviétique ». Avec la réunification allemande et la disparition du bloc soviétique, l’OTAN perdait à priori sa justification. Cependant l’Alliance a su se métamorphoser en redéfinissant ses missions et en faisant de l’élargissement sa nouvelle raison d’être. Au cours des années Clinton, Washington a usé de l’Alliance comme d’un outil de démocratisation, de réunification et de stabilisation en Europe, dans un contexte de déclassement géopolitique de la Russie. À Moscou, l’idée prévaut que cette politique ignorant les intérêts de la Russie était délibérée. Or, combinée aux différends transatlantiques sur l’Irak et à l’enlisement en Afghanistan, la résurgence russe a modifié le rapport de forces. Objet d’interprétations contradictoires à Washington – et, par voie de conséquence, dans l’Alliance –, ce regain d’influence oblige à repenser le cadre stratégique dans lequel Américains et Européens envisagent la « question russe », alors que le triangle États-Unis/Russie/Europe n’est toujours pas stabilisé. Il est fort probable que Kaboul et Téhéran soient désormais au moins aussi importants que Kiev et Tbilissi.
Les raisons de l’incompréhension
Trois cassures : 1997, 1999 et 2004
Le tournant dans les relations russo-occidentales est habituellement daté de la campagne du Kosovo en 1999. Cette rupture a été le plus souvent expliquée par le sentiment de déclassement militaire, l’épisode de Pristina étant déchiffré comme une illustration du pouvoir de nuisance de la Russie. Parallèlement, cette campagne n’a pas dégradé l’image de l’OTAN seulement en Russie, mais aussi en Biélorussie et en Ukraine. Pour Moscou, l’enseignement a été triple et contribue à expliquer ses raidissements ultérieurs.
En premier lieu, pour Vladimir Poutine, le Kosovo a agi comme un révélateur de la nécessité de reconsidérer la politique de sécurité de son pays. Les élites russes ont pris alors conscience de leur marginalisation stratégique, avec un fort ressentiment et un sentiment d’humiliation, d’ailleurs souvent exagérés par la suite […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Les raisons de l’incompréhension
- Trois cassures : 1997, 1999 et 2004
- Grandeurs et misères de la Public Diplomacy
- Confrontation et enseignements - Les contours de la « question russe »
- La Russie, facteur de sécurité ou d’insécurité ?
- La sécurité européenne au centre du triangle États-Unis/Europe/Russie-
- Le triangle États-Unis, Europe, Russie au centre de la sécurité globale
Thomas Gomart dirige le centre Russie/NEI de l’Ifri ainsi que la collection numérique trilingue « Russie.Nei.Visions ».
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