Pauvreté et développement humain dans les pays émergents
Bien que l’émergence soit un processus protéiforme et que les catégorisations et acronymes qui lui sont associés soient nombreux et imprécis, la croissance des trente dernières années a permis à des millions d’êtres humains des pays émergents de sortir de l’extrême pauvreté monétaire. Simultanément, les progrès dans les secteurs de l’éducation et de la santé ont amélioré l’indicateur de développement humain. Mais ces évolutions ne profitent pas à toute la population des pays concernés.
La mondialisation est source de controverses, mais ses détracteurs ne peuvent occulter qu’elle a contribué à diminuer l’extrême pauvreté monétaire, et a amélioré certains indicateurs de développement, notamment dans les pays émergents (ou considérés comme tels). Si la pandémie du COVID-19 a freiné cette évolution (sans que cela soit spécifique à ces pays), la croissance économique des trente dernières années a permis à des millions d’êtres humains d’améliorer leur niveau de vie et leurs conditions de vie. Simultanément pourtant, les inégalités de revenus ont augmenté, de sorte que les externalités de l’émergence économique apparaissent à la fois positives et négatives.
Sur le plan méthodologique, il convient de préciser que rien n’est moins simple que de cerner le concept d’émergence, et de mesurer pauvretés et inégalités, et ce pour trois raisons :
- L’émergence est floue, complexe et protéiforme : les diverses catégorisations et acronymes qui entourent la notion en attestent. Les pauvretés sont plurielles, et les économistes privilégient la pauvreté monétaire.
- Les inégalités le sont tout autant, et on peut dissocier les inégalités quantitatives (associées notamment aux revenus) des inégalités qualitatives (tels certains aspects des inégalités sociales).
Précisons encore que l’analyse des trajectoires suivies par les pays est utile pour juger de l’impact de l’émergence, car il existe divers modèles d’intégration à l’économie mondiale de même qu’il existe divers modèles de croissance. Mais cette démarche n’est pas suffisante si l’on ne mesure pas simultanément les politiques sociales adoptées (ou non), notamment celles qui se veulent inclusives : à eux seuls, les effets de la mondialisation ne permettent pas d’expliquer la hausse des inégalités. En revanche, ils permettent de mieux cerner la baisse de la pauvreté monétaire, au moins de manière globale car les difficultés méthodologiques ne manquent pas pour mesurer précisément qui a pu en bénéficier et à quel niveau, de sorte que les données statistiques présentées et analysées dans cet article exigent prudence et humilité.
On se contentera ici de mesurer en quoi les pays émergents ont réussi à diminuer la pauvreté monétaire et à améliorer leur indice de développement humain (IDH), en commençant par préciser ce que recouvre le concept d’émergence. [...]
PLAN
- Le concept flou de l’émergence
- Que recouvre l’émergence ?
- Les critères de l’émergence en économie - Le recul de la pauvreté monétaire dans les pays émergents
- La part croissante des émergents dans la richesse mondiale
- Le recul de la pauvreté monétaire - Les progrès en matière de développement humain
- L’indicateur de développement humain
- La pauvreté multidimensionnelle
Jean-Claude Vérez est maître de conférences en économie, habilité à diriger des recherches, à l’université d’Artois.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Pauvreté et développement humain dans les pays émergents
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesQui a tué Dag Hammarskjöld ? Sisyphe à New York
En pleine crise du Katanga, le secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjöld trouve la mort dans un accident d’avion en septembre 1961. On rend ici compte d’une enquête menée dans les archives sur une éventuelle implication de responsables ou de services français. Rien ne semble la prouver. De même, le rapport rendu au secrétaire général de l’ONU en 2019 ne permet pas de conclure à l’assassinat, même si une conclusion définitive n’est pas possible, l’ensemble des hypothèses demeurant donc ouvert.
La France et le nucléaire iranien : enjeux bureaucratiques et politique étrangère
Les décisions de politique étrangère sont des produits complexes, qui dépendent aussi de l’influence de divers groupes bureaucratiques, aux cultures et aux légitimités spécifiques. Le cas de la négociation sur le nucléaire iranien ne fait pas exception, qui a vu s’opposer en France une sensibilité de tradition « régionaliste » et « gaullo-mitterrandienne », à une sensibilité plus « occidentaliste », qui tendra à s’imposer dans le jeu institutionnel sous les présidences Sarkozy et Hollande.
Trump, l’Europe et l’OTAN : retour vers le futur
Donald Trump a fortement critiqué l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et mis en doute la volonté des Européens de payer pour leur propre défense. Les tensions dans les relations transatlantiques ont été qualifiées de « crise ». Pourtant, la situation actuelle s’inscrit dans une certaine continuité historique. En 70 ans d’existence, l’OTAN a traversé des crises bien plus graves et a fait preuve d’une résilience remarquable. L’Alliance atlantique, pour peu qu'on la soutienne, a de beaux jours devant elle.
Faut-il créer une agence de renseignement européenne ?
Après chaque attentat majeur sur le sol européen, des voix s’élèvent pour demander la création d’une agence européenne de renseignement. Pourtant, la coopération entre services de renseignement des États-membres de l’Union européenne fonctionne bien. La création d’une telle agence induirait plus d’inconvénients que d’avantages. En l’état actuel de la construction européenne, la communautarisation du renseignement ne saurait être un gage de protection supplémentaire pour les citoyens européens.