Pologne : la tentation autocratique peut-elle s’inverser ?
Le système mis en place en Pologne par le le parti Droit et Justice (PiS) et la coalition qui le soutient s’appuie sur une communauté émotionnelle autour d’un dirigeant charismatique, et sur des décisions favorisant des classes populaires délaissées par la transition libérale. Le projet autocratique est porteur d’atteintes multiples à l’état de droit. Une certaine « fatigue » pourrait pourtant se manifester aux prochaines élections, confirmant les dernières mobilisations de rue, portées en particulier par la jeunesse.
L’altération du système démocratique en Europe centrale a suscité de multiples travaux. Dès les premières « surprises » électorales, deux courants de réflexion se sont imposés. Le premier a mis l’accent sur le discours et le style populistes des leaders et de leurs formations, instruments de prise de pouvoir. On insistait ici sur le noyau dur de ces discours, opposant élites et masses : les élites étant schématiquement stigmatisées tandis qu’on valorisait les masses, caractérisées comme « le peuple souverain ». Un deuxième type de réflexion suit les atteintes structurelles portées aux institutions du système démocratique, s’intéressant à la manière dont on glisse vers un régime autoritaire tout en préservant une façade démocratique.
Le pouvoir autoritaire en Europe centrale : une genèse
Pour le sociologue polono-américain Adam Przeworski, dans les démocraties libérales ce sont les promesses non tenues des équipes successives qui ont détruit la foi dans les solutions démocratiques, générant une sorte de « rage » sociale, désordonnée et prête à s’investir dans des solutions miracles. « Les gens abandonnés par la gauche se sont tournés vers les populistes, qui se sont érigés en défenseurs de leurs intérêts, en additionnant critique des élites et des méfaits de la globalisation capitaliste, rejet des minorités, misogynie et homophobie, […] tandis que les néolibéraux au pouvoir conduisaient, avec leur politique, à la frustration économique […]. » Dans ses recherches concernant les villes moyennes, pour comprendre le vote en faveur des solutions et des leaders autocratiques, Maciej Gdula montrait que le stéréotype corrélant la révolte au faible niveau d’éducation ou à l’appartenance à une classe sociale spécifique était faux. La narration populiste consiste en réalité à tirer bénéfice d’une situation donnée en accentuant les griefs partagés par les laissés-pour-compte de la transformation libérale. […]
PLAN
- Le pouvoir autoritaire en Europe centrale : une genèse
- La centralité du chef autoritaire
- Les errements de politique étrangère
- Des scandales sans effet sur l’électorat du PiS
- Le projet global autocratique
- Le système judiciaire
- Les élections :
- Les médias :
- Droits des femmes :
- Changements dans l’administration : - Point aveugle de la réflexion sur les autoritarismes « postsoviétiques » : leur possible déclin
- La perte de l’influence de l’Église
- Les réactions de la société
Georges Mink, titulaire de la chaire de Civilisation européenne, dédiée à la mémoire du professeur Bronislaw Geremek au Collège d'Europe, campus de Natolin, est directeur de recherche émérite à l'Institut des sciences sociales du politique (ISP-CNRS). Il a notamment publié La Pologne au coeur de l'Europe. De 1914 à nos jours (Paris, Buchet Chastel, 2015).
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