Quel avenir politique pour le Mali ?
Au moment des indépendances africaines, les élites locales n’ont pas véritablement envisagé d’autre modèle d’organisation politique que l’État, importé par les colonisateurs. Sans même parler de la problématique des frontières héritées de la colonisation, ce modèle est aujourd’hui à bout de souffle dans plusieurs pays. Le Mali en est un exemple patent. Or d’autres formes d’organisation politique peuvent être imaginées et mises en œuvre, en s’inspirant d’exemples historiques et traditionnels.
Il ne manque pas d’observateurs attentifs de la situation actuelle du Mali pour la considérer comme dramatique. La France, engagée depuis 2013 dans une opération militaire de sécurisation au Sahel, a annoncé un désengagement progressif. Peu après cette annonce, comme en écho, le retrait des États-Unis d’Afghanistan opéré en août 2021 laisse un bilan désastreux. L’intervention menée dans ce pays depuis 2001, avec pour objectif la guerre globale contre le terrorisme et l’imposition par la force de la démocratie, se termine en fiasco. Pour ce qui est de l’Afrique, là où les sociétés sont profondément déstructurées, les puissances encore dominantes tentent d’appuyer « un retour de l’État ». L’État serait ainsi la forme universelle de l’organisation politique et la communauté mondiale devrait diriger ses efforts pour que là où l’État a failli, il reprenne la main. L’idée d’État est implicitement associée à celle de démocratie, cette dernière étant réduite à des consultations électorales imposées sans considération du contexte sociétal, économique et culturel des peuples concernés.
Telle est la situation au Mali, dévasté par des violences récurrentes et une anomie politique. Ni l’opération militaire française ni l’aide internationale n’ont servi à engager le pays dans la voie de l’apaisement. C’est pourquoi les efforts pour contribuer à la paix et à la stabilisation au Mali doivent prendre une autre direction. Pour en indiquer la piste, on fera ici d’abord un détour par le temps long de l’histoire. Puis on ébauchera un rapide tableau de la situation actuelle. On se demandera enfin quels chemins peuvent être explorés, autres que la poursuite d’interventions extérieures qui ne sont pas en mesure d’ouvrir sur un avenir politique meilleur.
Comment l’État s’est imposé comme forme universelle du politique
L’« État » correspond aujourd’hui au concept universel par lequel l’on désigne la forme d’organisation politique de groupes humains différenciés. Chacun d’eux est supposé suffisamment homogène pour être régi par une organisation représentative de l’ensemble de la population concernée. L’origine historique de cette modalité du politique, ainsi que la doctrine juridique qui la sous-tend, a été oubliée. Pourtant, c’est dans un contexte bien particulier que l’État a pris naissance : celui de la fin du Moyen Âge en Europe, alors que la forme impériale (le Saint Empire romain germanique, lui-même héritier lointain de l’Empire romain) était contestée par les princes d’Europe, décidés à s’émanciper à la fois de la tutelle de l’Empereur et de celle du Pape. […]
PLAN
- Comment l’État s’est imposé comme forme universelle du politique
- Comment l’État malien reste confronté à des contradictions persistantes
- Vers un deuxième temps de la décolonisation ?
Monique Chemillier-Gendreau est professeur émérite de Droit public et de Science politique à l'université Paris-Diderot.
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Quel avenir politique pour le Mali ?
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