Quel rôle pour la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits ?
Presque trente ans après sa création, la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits (CIHEF) peine à accomplir sa mission, en dépit de sa large reconnaissance par les États. Les raisons en sont multiples : erreurs sur l’orientation, sur le positionnement dans le paysage institutionnel, ou insuffisances du traité constitutif lui-même. On détaille ici ces obstacles, en suggérant quelques pistes pour revigorer une institution dont le rôle est plus que jamais crucial.
La fin du monde bipolaire a ouvert une ère où le rêve d’une gouvernance mondiale plus harmonieuse, participative et organisée autour des Nations unies, fut confusément pris pour réalité. Dans une même exaltation, une myriade d’institutions internationales ou d’initiatives multilatérales ont alors vu le jour, pour l’essentiel sous l’impulsion des États « vainqueurs » de la guerre froide. Dans le sillage de la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de la Cour pénale internationale (CPI), du sommet de Rio sur la Terre, de la naissance du G20, des accords Start, les relations internationales offraient le visage du multilatéralisme, d’une prise de conscience collective des grands sujets d’intérêt pour la communauté internationale. Malheureusement, cet idéalisme, abondamment nourri par une société civile internationale en pleine mobilisation, faisait quelque peu abstraction du réalisme des États, et de l’irréductibilité des égoïsmes nationaux.
Si la faillite de certaines institutions est notoire, d’autres ne doivent leur survie qu’à l’absence d’un regard public. C’est le cas notamment de la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits (CIHEF). Cette institution est peu connue du grand public, et sa situation suggère que l’on s’y attarde un peu, car la CIHEF portait beaucoup d’espoirs, et l’ambition d’un enracinement plus solide du droit international humanitaire (DIH) dans la conduite des conflits armés dans le monde.
Qu’en est-il concrètement de son rôle aujourd’hui ? Comment expliquer son effacement de la scène internationale, son mutisme dans les conflagrations les plus dévastatrices de notre temps ?
La CIHEF et son mandat
La CIHEF tient son fondement légal de l’article 90 du Protocole additionnel (PA) I aux Conventions de Genève de 1949. Cet article pose ses bases légales, définit le mécanisme de son fonctionnement, ainsi que ses interactions avec les États.
Aux termes du Protocole, la CIHEF est entrée en vigueur en 1991 après que vingt hautes parties contractantes eurent accepté officiellement ses compétences. Elle siège à Berne et la Suisse en assure le secrétariat, comme pays dépositaire des Conventions de Genève. À ce jour, environ 77 États ont déposé officiellement une déclaration de reconnaissance, acceptant les compétences de l’institution – ce qui lui assure une très large légitimité. La CIHEF a également obtenu le statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale des Nations unies, et la reconnaissance officielle d’une organisation intergouvernementale régionale comme l’OEA (Organisation des États américains).
PLAN
- La CIHEF et son mandat
- La CIHEF et son bilan
- Une renaissance de la CIHEF ?
Mérick Freedy Alagbe, docteur en sciences politiques et relations internationales de l’université de Lyon III, contribue à l’Observatoire des questions humanitaires de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Quel rôle pour la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits ?
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesBrésil : la politique étrangère de Jair Bolsonaro
Fin 2018, les Brésiliens ont élu un nouveau président : Jair Bolsonaro. Ce dernier entend rompre avec la politique de ses prédécesseurs, notamment dans le domaine des relations extérieures. L’axe principal de sa diplomatie est un rapprochement avec Washington. Sur plusieurs sujets, Bolsonaro s’aligne sur les positions de Donald Trump. Mais le Brésil n’a pas la puissance des États-Unis et prendrait des risques importants en se lançant dans un bras de fer avec la Chine ou le monde musulman.
Le djihadisme au Sahel après la chute de Daech
Alors que Daech et Al-Qaïda se sont violemment affrontés au Moyen-Orient, leurs « filiales » sahéliennes ont eu tendance à s’éviter. Depuis 2017, elles ont même entamé un rapprochement et coopèrent occasionnellement. La chute de Daech en zone syro-irakienne aura des répercussions au Sahel. S’il n’est pas dit que l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) fusionnent, il est en revanche assuré que le djihadisme perdurera dans la zone.
Moscou et le G7 : un drame en trois actes, prologue, et épilogue
L’admission au G7/G8 symbolisait pour Moscou son rapprochement de « l’Occident collectif ». Mais l’admission fut lente, et Moscou ne fit jamais complètement partie du club. La Russie a bientôt pris conscience que le G8 n’était pas le directoire souhaité pour traiter ses préoccupations stratégiques. L’avènement du G20, et la crise ukrainienne, ont, pour Moscou, définitivement déclassé l’intérêt d’un G7, qui semble n’assurer que la défense et illustration des intérêts d’un Occident déclinant.
De l’utilité du G7 : témoignage d'un sherpa
Le G7 constitue un élément informel mais important de la gouvernance mondiale. Ses membres sont supposés unis par des valeurs communes, ce qui explique, par exemple, que la Russie ne participe plus à ses travaux. Le G7 met en œuvre une machinerie très complexe qui a vocation à traiter de tous les problèmes globaux. Le sommet de Charlevoix, et l’ensemble des réunions qui l’ont entouré, ont illustré la volonté du Canada de donner un nouveau souffle, et une nouvelle surface à ces mécanismes.