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Sur la Russie : penser européen

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Politique étrangère, vol. 85, n° 1, 2020
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Page couverture PE n°1 printemps 2020
Accroche

Il faut entretenir un dialogue avec la Russie. Mais en sachant qu’elle hérite d’une culture politique différente de celle des pays occidentaux ; et que son dirigeant actuel a des objectifs de puissance peu compatibles avec les nôtres. Il serait utile de redécouvrir le concept de la CSCE, c’est-à-dire d’échanges sur l’ensemble des domaines qui nous concernent, avec une Union européenne délaissant les logiques bilatérales pour manœuvrer solidairement, sur des perspectives définies en commun.

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Les physiciens ont coutume de dire que l’histoire des sciences est un cimetière d’idées fausses. Il en est de même avec le comportement des pays européens envers la Russie. Beaucoup d’idées ont été exprimées avec de bonnes intentions, mais la plupart ont échoué – dont nombre de concepts polonais… Leur échec est dû à ce qu’elles oscillaient très généralement entre illusions et vœux pieux : illusions sur l’appréciation de la nature même de la politique russe ; vœux pieux sur ce qui pouvait être réalisé politiquement à l’égard de la Russie en réponse aux attentes du pays. Ce balancement a marqué les deux décennies qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique, puis la réapparition de la Russie sur la scène géopolitique européenne.


Un nouveau tournant Kennan


La situation a commencé à changer suite à l’agression de la Russie contre l’Ukraine. Un changement qui n’a pas seulement concerné l’événement proprement dit, mais plus largement la nouvelle approche de Moscou vis-à-vis de l’Ouest. La forte rhétorique anti-européenne qui a accompagné l’opération russe a surpris les capitales d’Europe de l’Ouest, comme en écho d’une situation comparable, juste après la Seconde Guerre mondiale. L’allié récent de la guerre avec l’Allemagne nazie montrait soudainement les griffes, et Staline avançait la thèse de l’inévitabilité d’une guerre contre l’impérialisme. Pendant un moment, l’opinion occidentale peinait à voir dans l’aimable « oncle Joe » une menace existentielle pour le monde libre.


Vladimir Poutine n’a pas, il est vrai, parlé d’une guerre inévitable contre l’Ouest ; mais la situation d’aujourd’hui rappelle le tournant que devait provoquer le télégramme de Kennan. Dans ce long télégramme de février 1946, Kennan suggérait en effet à sa hiérarchie que les obstacles d’alors (fin 1945-début 1946) dans les relations avec les autorités soviétiques n’étaient pas temporaires, et ne résultaient pas d’erreurs, ou de malentendus. Ils provenaient bien plutôt de la nature même d’une politique soviétique fondamentalement hostile, et activement nuisible à l’Ouest. Pour Kennan, la réponse occidentale devait consister en un endiguement, ou containment, à la fois ferme et patient. L’Ouest a adopté cette approche, ce qui s’est révélé bénéfique non seulement pour l’Occident, mais aussi pour les nations du bloc soviétique et le reste du monde. Il faut ici rappeler que la réussite occidentale a reposé sur l’endiguement pacifique de l’Union soviétique, sans recours à la force contre l’URSS ou ses alliés. [...]


PLAN

  • Un nouveau tournant Kennan
  • Un retour à l’esprit de la CSCE ?
  • Le moment gaullien, ou « l’Europe d’abord »


Ancien directeur de l’Institut polonais des relations internationales (PISM), et ancien conseiller pour les Affaires étrangères du président Komorowski, Roman Kuzniar dirige le Département des études stratégiques et de sécurité internationale de la Faculté de Science politique de l’université de Varsovie.

Traduit de l’anglais par Philolingua

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Sur la Russie : penser européen

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Auteur(s)
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Une politique russe à la française pour l’Europe ? Irréaliste et contradictoire

Date de publication
20 mars 2020
Accroche

Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur d’une redéfinition des relations avec Moscou. Ses déclarations ont provoqué des remous en Allemagne. La chancelière et son ministre des Affaires étrangères sont partisans d’une ligne dure face à Vladimir Poutine, même si les coopérations germano-russes sont nombreuses. Une partie de l’élite politique et économique allemande conteste la politique russe d’Angela Merkel et souhaiterait que l’Allemagne se montre plus conciliante à l’égard de la Russie.

Hannes ADOMEIT
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Les pays du Golfe et Israël : une convergence d’intérêts ?

Date de publication
20 mars 2020
Accroche

Après des décennies d’opposition, Israël et les pays du Golfe se sont rapprochés depuis les années 2000 puis après les Printemps arabes. Israéliens, Saoudiens et Émiriens partagent une obsession anti-Frères musulmans et contre le programme nucléaire et l’expansion régionale de Téhéran. Leur entente, de plus en plus visible, se développe sous le signe du relatif retrait régional des États-Unis, et d’un « plan de paix » conforme aux intérêts israéliens, et ignorant dangereusement la question palestinienne.

Elisabeth MARTEU
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Les Émirats arabes unis à la conquête du monde ?

Date de publication
20 mars 2020
Accroche

Les Émirats arabes unis (EAU) ont connu une expansion spectaculaire depuis leur indépendance en 1971. Depuis une dizaine d’années, ils s’affirment sur la scène internationale. Ils développent une stratégie portuaire ambitieuse et s’engagent de manière croissante dans des conflits armés. Leur politique étrangère est principalement guidée par la volonté d’assurer la survie des EAU dans un environnement volatil. Elle se traduit notamment par une opposition ouverte aux Frères musulmans.

Emma SOUBRIER
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Arabie Saoudite : une nouvelle diplomatie religieuse ?

Date de publication
20 mars 2020
Accroche

Pendant la guerre froide, l’Arabie Saoudite a utilisé ses pétrodollars pour propager le wahhabisme. Après le 11 septembre 2001, la diplomatie religieuse saoudienne a néanmoins connu une inflexion, dénonçant les excès des djihadistes et prônant l’« islam du juste milieu ». Cette nouvelle posture est renforcée depuis l’arrivée de Muhammad Ibn Abd Al-Karim Al-Isa à la tête de la Ligue islamique mondiale. On peut toutefois s’interroger sur la sincérité et l’effectivité de ce revirement.

Nabil MOULINE

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Page couverture PE n°1 printemps 2020
Roman KUZNIAR, « Sur la Russie : penser européen », Politique étrangère, Articles, Ifri, 20 mars 2020.
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Sur la Russie : penser européen