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Un siècle d'avatars impériaux

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Philippe Moreau Defarges, Politique étrangère, n° 3-4, automne/hiver 2000
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Couverture PE 3-4/2000
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Le XXe siècle a vu s’effondrer successivement l’ensemble des empires : empires monarchiques, d’abord, avec la Première Guerre mondiale ; empires coloniaux, ensuite, après 1945 ; empires totalitaires, enfin, avec l’éclatement de l’URSS et de la Yougoslavie dans les années 90. Mais l’empire est-il mort ? Partout on le voit au contraire renaître sous des formes nouvelles : empire démocratique autour de l’ONU ou de l’Union européenne, empire national au sein d’États anciens secoués par des minorités (Espagne, France, Royaume-Uni, Russie), empire flou et diffus avec la suprématie économique et culturelle américaine. Mais ces nouveaux empires ne sont peut-être que le nouvel avatar de vieilles réalités impériales qu’une crise profonde du système international pourrait faire resurgir.

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Archive de Politique étrangère
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« Tout empire périra », tel est le titre de l'un des plus fameux livres du grand historien des relations internationales, Jean- Baptiste Duroselle. N'est-ce pas là une évidence ? Tout empire, comme n'importe quelle réalité humaine, naît, croît et meurt. Duroselle, incarnation exemplaire de l'approche française des relations internationales, veut opposer en fait empires et nations. Les premiers sont l'expression d'une volonté de puissance qui ne se perpétue qu'aussi longtemps qu'elle est soutenue par une dynamique d'expansion. Plus cette dynamique s'épanouit et absorbe de nouveaux territoires, plus elle court à sa perte, s 'alourdissant sans cesse de populations hétérogènes, s'épuisant dans un effort sans fin pour maintenir l'unité d'un ensemble de plus en plus déchiré par des revendications d'autonomie ou d'indépendance. Si l'empire ne s'étend plus, il s'écroule ; mais, plus il s'étend, plus il se charge de conflits, et plus il suscite à ses frontières d'autres aspirations hégémoniques. L'empire ne vit finalement que par et dans la guerre, mais celle-ci lui impose une tension qui ne doit et ne peut jamais faiblir. Sans doute les nations aussi se façonnent-elles au moyen de la guerre, mais pour se souder progressivement par une sorte de projet commun. A l'opposé des empires, pures créations de la force, les nations naissent d'un désir de vivre ensemble, d'un plébiscite quotidien, selon la formule célèbre d'Ernest Renan.
 

 

Tout empire périra », tel est le titre de l'un des plus fameux livres du grand historien des relations internationales, Jean- Baptiste Duroselle. N'est-ce pas là une évidence ? Tout empire, comme n'importe quelle réalité humaine, naît, croît et meurt. Duroselle, incarnation exemplaire de l'approche française des relations internationales, veut opposer en fait empires et nations. Les premiers sont l'expression d'une volonté de puissance qui ne se perpétue qu'aussi longtemps qu'elle est soutenue par une dynamique d'expansion. Plus cette dynamique s'épanouit et absorbe de nouveaux territoires, plus elle court à sa perte, s 'alourdissant sans cesse de populations hétérogènes, s'épuisant dans un effort sans fin pour maintenir l'unité d'un ensemble de plus en plus déchiré par des revendications d'autonomie ou d'indépendance. Si l'empire ne s'étend plus, il s'écroule ; mais, plus il s'étend, plus il se charge de conflits, et plus il suscite à ses frontières d'autres aspirations hégémoniques. L'empire ne vit finalement que par et dans la guerre, mais celle-ci lui impose une tension qui ne doit et ne peut jamais faiblir. Sans doute les nations aussi se façonnent-elles au moyen de la guerre, mais pour se souder progressivement par une sorte de projet commun. A l'opposé des empires, pures créations de la force, les nations naissent d'un désir de vivre ensemble, d'un plébiscite quotidien, selon la formule célèbre d'Ernest Renan.


Dans cette perspective, le XXe siècle semble bien être celui de l'écroulement répété des empires : pas moins de quatre empires - russe, allemand, austro-hongrois et ottoman - dans le sillage de la Première Guerre mondiale ; les empires hitlérien et nippon, puis les empires coloniaux, à l'issue ou à la suite de la Seconde ; enfin les empires yougoslave et soviétique, en 1989-1991. Sur le terreau de ces effondrements successifs fleurissent des nations : après 1918, l'Europe centrale, les Balkans et le Moyen-Orient se couvrent de nations ou d'États ; après 1945, c'est au tour de l'Asie et de l'Afrique d'entrer dans l'âge national ; dans les années 90, les « prisons de nations » - Yougoslavie, URSS, Tchécoslovaquie - éclatent à leur tour, provoquant une nouvelle vague de naissances.

 


Ces ruines encore fumantes appellent une première question : pourquoi et comment les empires meurent-ils ? Car ces édifices imposants se rêvent éternels et sont souvent regardés comme tels. Rome fascine toujours, et Moscou a bien incarné, pendant quelques décennies, le futur paradis terrestre. Or ces empires peuvent se disloquer comme des châteaux de cartes. Alors, quels sont les facteurs qui détruisent les empires ?

 


PLAN DE L’ARTICLE

  • La guerre, toujours la guerre
  • L'acide démocratique
  • Empire et technique
  • Nations et empires, si opposés, si entremêlés
  • Tout est en définitive affaire de définition
  • Les rêves impériaux appartiennent-ils pour toujours au passé ?

 

 

Philippe Moreau Defarges est conseiller des Affaires étrangères, chargé de mission auprès du directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
 

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Un siècle d'avatars impériaux

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Philippe MOREAU DEFARGES

Intitulé du poste

Ancien Chercheur et co-directeur du RAMSES

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En attendant le retour de l'Etat...

Date de publication
21 décembre 2021
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L'échec de la coalition internationale en Afghanistan et les difficultés rencontrées par Paris et ses alliés au Sahel soulèvent nombre de questions sur l’ingénierie internationale imaginée depuis les années 1990 pour reconstruire ou renforcer les États « faillis ». L’association entre, d’une part, une opération militaire destinée à contenir ou affaiblir une insurrection et, d’autre part, une coopération internationale plus ou moins importante, destinée à renforcer ou redéployer l’État – l’ensemble constituant ce que les stratèges appellent une opération de « stabilisation » – n’a pas débouché sur la stabilité attendue. En Afghanistan comme au Mali, le lien direct postulé entre apaisement des tensions et délivrance de services publics n’est pas validé. Ni les Provincial Reconstruction Teams (PRT) afghanes ni les « colonnes foraines » accompagnées par Barkhane n’ont pu apaiser les conflits violents ou relégitimer l’État.

Alain ANTIL Elodie RICHE Anne SAVEY
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Gouvernance économique européenne : entre erreurs passées et promesses d'avenir

Date de publication
21 décembre 2021
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La crise de la zone euro avait marqué un véritable échec de la politique de l’Union européenne (UE), traduit en performances économiques médiocres et en érosion de sa légitimité politique dans les populations des États membres. La crise de la pandémie du Covid-19 a au contraire, après un flottement initial, montré toute sa réactivité, avec en particulier l’acceptation d’une dette commune. Ce nouveau départ de l’UE doit cependant être confirmé, à la fois politiquement et institutionnellement.

Vivien SCHMIDT
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L’Union européenne, entre fragmentation et consolidation

Date de publication
21 décembre 2021
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L’Union européenne (UE) a géré avec succès les effets de la pandémie de Covid-19 et le Brexit a renforcé la cohésion de l’UE autour de l’axe franco-allemand. La confrontation sino-américaine favorise l’unité européenne au sein de l’alliance occidentale. Les controverses sur l’« illibéralisme » peuvent être vues comme une européanisation de la politique intérieure. Pour autant, il n’est pas évident que ces constats entraînent une modification substantielle de l’équilibre entre l’Union et ses États membres.

Maxime LEFEBVRE
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Après le Brexit et le Covid : quel avenir pour l’Europe ?

Date de publication
21 décembre 2021
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Les chocs du Brexit et de la pandémie de Covid-19 ont montré la résilience de la dynamique intégratrice de l’Union européenne – avec, en particulier, le plan Next Generation EU. Mais l’adoption de ce dernier a été difficile, et la pandémie a été aussi l’occasion de retours sur des initiatives purement nationales sur l’état de droit, la fermeture des frontières ou la vaccination. La Conférence sur l’avenir de l’Europe permettra-t-elle d’adopter les mutations constitutionnelles qui semblent s’imposer ?

Federico FABBRINI

Comment citer cette étude ?

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Couverture PE 3-4/2000
Philippe MOREAU DEFARGES, « Un siècle d'avatars impériaux », Politique étrangère, Articles, Ifri, 29 novembre 2000.
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Un siècle d'avatars impériaux