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Un siècle d'avatars impériaux

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Couverture PE 3-4/2000
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Le XXe siècle a vu s’effondrer successivement l’ensemble des empires : empires monarchiques, d’abord, avec la Première Guerre mondiale ; empires coloniaux, ensuite, après 1945 ; empires totalitaires, enfin, avec l’éclatement de l’URSS et de la Yougoslavie dans les années 90. Mais l’empire est-il mort ? Partout on le voit au contraire renaître sous des formes nouvelles : empire démocratique autour de l’ONU ou de l’Union européenne, empire national au sein d’États anciens secoués par des minorités (Espagne, France, Royaume-Uni, Russie), empire flou et diffus avec la suprématie économique et culturelle américaine. Mais ces nouveaux empires ne sont peut-être que le nouvel avatar de vieilles réalités impériales qu’une crise profonde du système international pourrait faire resurgir.

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Archive de Politique étrangère
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« Tout empire périra », tel est le titre de l'un des plus fameux livres du grand historien des relations internationales, Jean- Baptiste Duroselle. N'est-ce pas là une évidence ? Tout empire, comme n'importe quelle réalité humaine, naît, croît et meurt. Duroselle, incarnation exemplaire de l'approche française des relations internationales, veut opposer en fait empires et nations. Les premiers sont l'expression d'une volonté de puissance qui ne se perpétue qu'aussi longtemps qu'elle est soutenue par une dynamique d'expansion. Plus cette dynamique s'épanouit et absorbe de nouveaux territoires, plus elle court à sa perte, s 'alourdissant sans cesse de populations hétérogènes, s'épuisant dans un effort sans fin pour maintenir l'unité d'un ensemble de plus en plus déchiré par des revendications d'autonomie ou d'indépendance. Si l'empire ne s'étend plus, il s'écroule ; mais, plus il s'étend, plus il se charge de conflits, et plus il suscite à ses frontières d'autres aspirations hégémoniques. L'empire ne vit finalement que par et dans la guerre, mais celle-ci lui impose une tension qui ne doit et ne peut jamais faiblir. Sans doute les nations aussi se façonnent-elles au moyen de la guerre, mais pour se souder progressivement par une sorte de projet commun. A l'opposé des empires, pures créations de la force, les nations naissent d'un désir de vivre ensemble, d'un plébiscite quotidien, selon la formule célèbre d'Ernest Renan.
 

 

Tout empire périra », tel est le titre de l'un des plus fameux livres du grand historien des relations internationales, Jean- Baptiste Duroselle. N'est-ce pas là une évidence ? Tout empire, comme n'importe quelle réalité humaine, naît, croît et meurt. Duroselle, incarnation exemplaire de l'approche française des relations internationales, veut opposer en fait empires et nations. Les premiers sont l'expression d'une volonté de puissance qui ne se perpétue qu'aussi longtemps qu'elle est soutenue par une dynamique d'expansion. Plus cette dynamique s'épanouit et absorbe de nouveaux territoires, plus elle court à sa perte, s 'alourdissant sans cesse de populations hétérogènes, s'épuisant dans un effort sans fin pour maintenir l'unité d'un ensemble de plus en plus déchiré par des revendications d'autonomie ou d'indépendance. Si l'empire ne s'étend plus, il s'écroule ; mais, plus il s'étend, plus il se charge de conflits, et plus il suscite à ses frontières d'autres aspirations hégémoniques. L'empire ne vit finalement que par et dans la guerre, mais celle-ci lui impose une tension qui ne doit et ne peut jamais faiblir. Sans doute les nations aussi se façonnent-elles au moyen de la guerre, mais pour se souder progressivement par une sorte de projet commun. A l'opposé des empires, pures créations de la force, les nations naissent d'un désir de vivre ensemble, d'un plébiscite quotidien, selon la formule célèbre d'Ernest Renan.


Dans cette perspective, le XXe siècle semble bien être celui de l'écroulement répété des empires : pas moins de quatre empires - russe, allemand, austro-hongrois et ottoman - dans le sillage de la Première Guerre mondiale ; les empires hitlérien et nippon, puis les empires coloniaux, à l'issue ou à la suite de la Seconde ; enfin les empires yougoslave et soviétique, en 1989-1991. Sur le terreau de ces effondrements successifs fleurissent des nations : après 1918, l'Europe centrale, les Balkans et le Moyen-Orient se couvrent de nations ou d'États ; après 1945, c'est au tour de l'Asie et de l'Afrique d'entrer dans l'âge national ; dans les années 90, les « prisons de nations » - Yougoslavie, URSS, Tchécoslovaquie - éclatent à leur tour, provoquant une nouvelle vague de naissances.

 


Ces ruines encore fumantes appellent une première question : pourquoi et comment les empires meurent-ils ? Car ces édifices imposants se rêvent éternels et sont souvent regardés comme tels. Rome fascine toujours, et Moscou a bien incarné, pendant quelques décennies, le futur paradis terrestre. Or ces empires peuvent se disloquer comme des châteaux de cartes. Alors, quels sont les facteurs qui détruisent les empires ?

 


PLAN DE L’ARTICLE

  • La guerre, toujours la guerre
  • L'acide démocratique
  • Empire et technique
  • Nations et empires, si opposés, si entremêlés
  • Tout est en définitive affaire de définition
  • Les rêves impériaux appartiennent-ils pour toujours au passé ?

 

 

Philippe Moreau Defarges est conseiller des Affaires étrangères, chargé de mission auprès du directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
 

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Un siècle d'avatars impériaux

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Philippe MOREAU DEFARGES

Intitulé du poste

Ancien Chercheur et co-directeur du RAMSES

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La Serbie, équilibriste entre Russie et Occident

Date de publication
21 décembre 2022
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La Serbie a refusé de soutenir les sanctions de l’UE contre la Russie, suscitant par l’ambivalence de sa politique étrangère une attention redoublée de la communauté internationale. Cette position s’inscrit dans la continuité de la politique étrangère du pays. L’ambiguïté est une stratégie délibérée pour le président Vučić, qui entend ne pas être « coincé entre l’Est et l’Ouest » : elle lui permet de consolider son pouvoir à Belgrade et de maximiser sa marge de manœuvre sur le plan international.

Florian BIEBER
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La Chine dans les Balkans occidentaux

Date de publication
21 décembre 2022
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Les relations des pays des Balkans occidentaux avec la Chine sont anciennes, mais ont été relancées par de multiples initiatives de Pékin dans la dernière décennie. Leur bilan est inégal selon les pays, en particulier concernant les investissements promis par Pékin. L’avenir des relations entre ces pays et la Chine dépendra beaucoup de l’évolution de l’environnement géopolitique : élargissement de l’Union européenne et positionnement de la Chine après la guerre en Ukraine.

Ana KRSTINOVSKA
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Allemagne : retour du service militaire ?

Date de publication
05 mars 2026
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Suspendue en 2011, la conscription fait son retour en Allemagne en 2025, sous une forme nouvelle et volontaire. Un relatif consensus avait accompagné la décision de 2011. L’opinion est aujourd’hui plus segmentée, comme la classe politique. Le service volontaire masculin ainsi rétabli fait écho aux exigences de l’environnement géopolitique et aux besoins en effectifs de la Bundeswehr. Reste à savoir si la formule choisie remplira les attentes des responsables de la défense.

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L’aide publique au développement à l’ère de la démondialisation

Date de publication
05 mars 2026
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L'aide publique au développement connaît depuis 2023 un effondrement, tant en Europe qu'aux États-Unis. Le choc affecte les pays en développement mais aussi les pays industrialisés. Critique à la fois au Nord et au Sud, l'aide au développement doit se redéfinir, dans ses objectifs et dans ses méthodes. Elle pourrait ainsi s'adapter à une configuration internationale où les principaux acteurs – États-Unis, Union européenne, Chine, pays arabes – adoptent de nouvelles postures.

Jean-Michel SEVERINO

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Un siècle d'avatars impériaux, de L'Ifri par
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Un siècle d'avatars impériaux