Le robot est-il un adversaire comme un autre ?
Chapitre d'ouvrage rédigé par Laure de Roucy-Rochegonde, paru dans l'essai "Jamais sans mon ennemi?" de Gallimard (2025).
Description de l'essai :
Quand un pilote d'avion peut broyer des milliers de corps sans apercevoir leurs silhouettes, que devient le métier de soldat ? Une besogne dont « un gentleman peut venir à bout sans salir ses manchettes ni son imagination », ironisait l'écrivain Georges Bernanos dès 1947. Trois ans plus tard, le juriste Carl Schmitt soulignait aussi la nouveauté : pour « celui qui a le dessus », la force aérienne fait de « celui qui a le dessous » non un ennemi mais un truand qu'il faut mettre hors d'état de nuire.
Sept décennies ont passé, les choses se sont accélérées : les drones et l'intelligence artificielle transforment la guerre en chasse à l'homme et l'ennemi en gibier. D'où la confusion croissante entre combattants et civils. Or ce qui est mis en jeu, dans cette crise de l'ennemi, ce n'est pas seulement notre imaginaire géopolitique ou le droit de la guerre. C'est également la philosophie en tant que capacité à nous remettre en question - violemment. Sans la figure de l'ennemi, peut-on penser la politique ? demandait encore Carl Schmitt. Sans ennemi, peut-on penser tout court ?
Laure de Roucy-Rochegonde, « Le robot est-il un adversaire comme un autre ? », in J. Birnbaum (dir.), Jamais sans mon ennemi ?, Folio Essais, Paris, Gallimard, 2025.
> En savoir plus sur le site de Gallimard.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLa guerre sans consentement démocratique : comment assurer un contrôle politique de la force à l’ère des armes autonomes ?
Chapitre d'ouvrage rédigé par Laure de Roucy-Rochegonde, paru dans la revue "IA : Enjeux et responsabilités" de la CNRS (2025).
L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ?
Affirmer que l’intelligence artificielle générative (IA) est en proie à une bulle relève aujourd’hui du lieu commun. Les valorisations boursières stratosphériques des entreprises du secteur, dont la rentabilité demeure un horizon lointain et plus qu’incertain, peuvent suffire à s’en convaincre. Toutefois, le véritable enjeu est moins de nature économique que politique, à mesure que les choix opérés par une minorité s’imposent à nos sociétés, dans un contexte géopolitique encourageant de fait un développement technologique débridé.
Les narratifs spatiaux. Enjeux stratégiques et perspective européenne
Les récits que les puissances construisent autour de l’espace jouent aujourd’hui un rôle déterminant dans leur stratégie. Aux États-Unis, la référence à la frontière et à la destinée manifeste continue de structurer un narratif d’expansion, où l’exploration spatiale incarne la vocation nationale à repousser les limites et à maintenir une excellence technologique. En Russie, le spatial demeure un instrument central de puissance et de prestige, hérité de l’époque soviétique mais désormais réorienté par un récit privilégiant la militarisation. La Chine inscrit son « rêve spatial » dans un projet de renaissance nationale : ses réussites technologiques et scientifiques deviennent les vecteurs de son nouveau statut international. D’autres acteurs, comme l’Inde, le Japon ou les Émirats arabes unis, mobilisent l’espace pour affirmer leur modernité, renforcer leur autonomie ou projeter un leadership régional.
Dynamiques et tensions normatives dans le domaine spatial : vers une américanisation du droit de l’espace ?
La construction du droit spatial a progressivement évolué d’une dynamique normative descendante dominée par l’impulsion fondatrice de l’ONU, vers une normativité ascendante, portée par les pratiques nationales et industrielles. Cette évolution s’accompagne aujourd’hui d’une compétition normative croissante, qui fait peser le risque d’une américanisation du droit de l’espace et soulève la question d’une réponse européenne.