Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

Crise burkinabè : le divorce du peuple et du pouvoir ?

Éditoriaux
|
Date de publication
|
Référence taxonomie collections
L'Afrique en questions
|
Références
L'Afrique en questions, n° 8, mai 2011
Image de couverture de la publication
L'Afrique en questions n°8 : Crise burkinabè : le divorce du peuple et du pouvoir ?
Accroche

La crise que traverse le Burkina depuis fin mars peut étonner dans ce pays réputé dans la sous-région pour sa paix civile. Pourtant, la " situation nationale ", comme la nomment les Burkinabè, est suffisamment complexe et sérieuse pour que le président Blaise Compaoré ait dû prendre des mesures rapides et exceptionnelles.

Corps analyses

La crise est complexe car multiforme. Les élèves et les étudiants protestent, entre autres, depuis fin février en raison de la mort à Koudougou de Justin Zongo, un jeune lycéen qui aurait succombé à des coups portés par la police. Les syndicats ont de leur côté dénoncé, lors d’une manifestation le 8 avril dernier, l’augmentation du coût de la vie, d’autant plus dramatique que le pays est enclavé et que les produits importés sont, en règle générale, beaucoup plus chers que dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest en raison de la situation d’enclavement du pays. Les militaires, enfin, se sont mutinés mi-avril, pillant les villes et provoquant même le repli temporaire de Blaise Compaoré dans sa ville natale de Ziniaré. Ils protestaient contre la condamnation à de la prison ferme par un tribunal civil de certains de leurs camarades, impliqués dans des affaires de mœurs. Les magistrats, dont le jugement a été remis en cause, ont, en retour, protesté de cette décision. Par ailleurs, les militaires ont largement pillé les villas de leurs supérieurs ainsi que les magasins de la ville, ce qui a entraîné la protestation des commerçants.

Quel est le lien entre toutes ces manifestations de mécontentement ou de violence si disparates qui ont pourtant inquiété le pouvoir ? Quelle relation existe-t-il entre des soldats qui pillent et terrorisent la ville sans autre justification que leur bon vouloir, des syndicats qui protestent avec raison contre l’augmentation des denrées alimentaires et du prix de l’essence, des magistrats remis en cause, des commerçants excédés et des étudiants inquiets ?

Derrière cette contestation éclatée, se cache pourtant un profond facteur d’unité de cette crise qui témoigne de la rupture du pacte social entre la famille Compaoré et la population. Les Burkinabè ont longtemps été très tolérants vis-à-vis de Blaise Compaoré et de sa famille, qui ont su se tailler la part du lion dans les affaires burkinabè du fait de leur position dominante. Si l’on évoquait ce point avec eux, les Burkinabè rappelaient que " Blaise ", même si lui et sa famille semblaient parfois de préoccuper plus volontiers de leurs affaires personnelles que de celles du pays, assurait du moins la paix civile. Dans un pays marqué par l’ingérence répétée, en particulier dans les années 1980, des militaires dans la vie politique, c’était un argument de poids [1].

Mais la famille Compaoré est sans doute allée trop loin. Alizeta, par exemple, la " belle-mère présidentielle " (de François, le frère cadet de Blaise), a la haute main sur l’essentiel de l’immobilier de Ouagadougou. Au-delà du clan, c’est l’ensemble des élites burkinabè qui s’est (trop ?) enrichi. Ainsi, sans justifier les débordements des militaires, il apparaît que l’écart s’est creusé entre la base et les officiers, qui gèrent leur carrière comme des businessmen et possèdent des villas dans l’extravagant quartier de Ouaga 2000, et a entraîné un profond mécontentement. Cette liberté de s’enrichir, garante de la paix civile, a donc creusé un fossé irréconciliable avec une population qui voit son pouvoir d’achat, souvent bas, s’affaiblir encore et est ainsi devenue la raison même des troubles qui traversent le Burkina.

Ces troubles sont d’autant plus importants qu’ils interviennent pour Blaise Compaoré après 24 ans d’un pouvoir sans partage mais qui tend à s’éroder. Le fait que le président n’ait pas employé la force pour contenir les mutins a pu passer pour de la sagesse. Il est cependant également possible que celui-ci n’ait plus assez d’autorité sur ses propres hommes pour envisager ce recours à la force. Or, " Blaise " ne s’y est pas trompé : il fallait agir vite. Il a donc choisi le dialogue en nommant un Premier ministre peu politisé et très communicant, Luc Adolphe Tiao [2], et en ouvrant à la concertation avec les différents groupes qui ont protesté. Ces mesures ne seront peut-être pas suffisantes mais, sous la pression populaire, le président pourrait faire de véritables concessions à son pouvoir. Ce sera alors à la société civile, organisée et active au Burkina, d’être assez attentive pour que le président, très habile politique, ne propose pas que des mesures cosmétiques qui lui permettent de se prolonger indûment à son poste.



[1] Pour plus de détails, voir la chronologie proposée par G. Madiéga : http://www.histoire-afrique.org/article114.html?artsuite=8


[2] Luc Adolphe Tiao était ambassadeur du Burkina Faso en France. C’est également l’ancien président du Conseil supérieur de la communication. Il est journaliste de formation. Pour plus de détails : http://www.lefaso.net/spip.php?article41651

 

Decoration

Contenu disponible en :

Régions et thématiques

Thématiques analyses

Partager

Téléchargez l'analyse complète

Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.

Crise burkinabè : le divorce du peuple et du pouvoir ?

Decoration
Auteur(s)
Image principale
Afrique subsaharienne
Centre Afrique subsaharienne
Accroche centre

Créé en 2007, le centre Afrique subsaharienne de l’Ifri produit une analyse approfondie du continent africain, de ses dynamiques sécuritaires, géopolitiques, politiques et socio-économiques (en particulier le phénomène d’urbanisation). Le Centre se veut à la fois, via les différentes publications et conférences, un espace de diffusion d’analyses à destination des médias et du public mais aussi un outil d'aide à la décision des acteurs politiques et économiques à l'égard du continent.  

 

 

Le centre produit des analyses pour différents organismes tels que le ministère des Armées, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Agence française de développement (AFD) ou encore pour différents soutiens privés. Ses chercheurs  sont régulièrement auditionnés par les commissions parlementaires.

 

 

L’organisation d’événements de divers formats complète la production d’analyses en amenant les différentes sphères de l’espace public (académique, politique, médiatique, économique et société civile) à se rencontrer et à échanger outils d’analyse et visions du continent. Le Centre Afrique subsaharienne accueille régulièrement des responsables politiques de différents pays d’Afrique subsaharienne. 

Image principale

Une élection dans les crises. Quelles perspectives pour les élections générales éthiopiennes de 2026 ?

Date de publication
27 mars 2026
Accroche

Les citoyens éthiopiens sont appelés aux urnes le 1er juin 2026, à l’occasion des prochaines élections générales, les septièmes depuis la fondation de la République fédérale démocratique d’Éthiopie en 1995. Il est peu probable que ces élections conduise à une alternance. Comme le montre en effet cette étude, le gouvernement semble avoir déjà mis en place les mesures qui permettront sa réélection, dans un contexte de multiplication des conflits armés qui n’est propice ni à l’ouverture ni aux transitions politiques.

Jean-Nicolas BACH
Image principale

Quelle place pour l’Afrique subsaharienne dans le monde ?

Date de publication
14 janvier 2026
Accroche

En s’appuyant sur une approche extrinsèque, alliant histoire globale, géopolitique et relations internationales, ce papier tente de périodiser les modalités des relations de l'Afrique subsaharienne avec le reste du monde. Après un retour rapide sur les périodes précoloniales, coloniales et de Guerre froide, sont explorées plus spécifiquement les périodes 1990-2015 et 2015-2025.

Image principale

Un « faux départ » : l’avenir des chefferies coutumières en Afrique

Date de publication
24 février 2026
Accroche

Au-delà du seul cas du Burkina Faso, la cérémonie hebdomadaire du « faux départ » du Moro Naba, « l’empereur des Mossi » symbolise dans l'Afrique d’aujourd'hui la position paradoxale de dirigeants traditionnels jouissant d'une influence qui se situe en marge de la sphère politique moderne tout en conservant à la différence de celle-ci, une forte dimension religieuse.

Image principale

La politique russe de recrutement de combattants et d’ouvrières en Afrique subsaharienne

Date de publication
18 décembre 2025
Accroche

La guerre russo-ukrainienne, déclenchée le 24 février 2022, s’est rapidement internationalisée. La Russie et l’Ukraine se sont très vite efforcées de mobiliser leurs alliés afin d’obtenir un soutien politique et diplomatique, ainsi que des ressources militaires et économiques. Mais les deux belligérants ont aussi cherché à recruter des étrangers à titre privé pour soutenir leurs efforts de guerre respectifs. Cette politique est globale et s’étend de l’Amérique latine à l’Extrême-Orient. L’Afrique subsaharienne, dans ce panorama, présente un intérêt particulier car elle constitue un vivier de recrutement vaste et facilement accessible, en raison de taux de pauvreté élevés dans la plupart des pays de la zone conjugués à un important désir d’émigration.

Thierry VIRCOULON Horacio GIVONE

Comment citer cette étude ?

Image de couverture de la publication
L'Afrique en questions n°8 : Crise burkinabè : le divorce du peuple et du pouvoir ?
Hélène QUENOT-SUAREZ, « Crise burkinabè : le divorce du peuple et du pouvoir ? », Éditoriaux, L'Afrique en questions, Ifri, 9 mai 2011.
Copier
Image de couverture de la publication
L'Afrique en questions n°8 : Crise burkinabè : le divorce du peuple et du pouvoir ?

Crise burkinabè : le divorce du peuple et du pouvoir ?