États-Unis/Taïwan : le temps de la confusion stratégique
En s’opposant à la volonté de la Chine d’annexer Taïwan, les États-Unis d’Amérique contribuent, depuis des décennies, au maintien du statu quo, toute tentative d’invasion chinoise entraînant, avec une potentielle intervention américaine, le risque d’une nouvelle guerre mondiale. Mais dans l’agitation suscitée par les conséquences internationales du retour au pouvoir de Donald Trump, une question sème le trouble dans les esprits : à l’égard de Taïwan, quelle sera l’attitude d’une administration dédaigneuse des alliés des États-Unis mais obsédée par la compétition avec la Chine ?
À ce sujet, deux thèses ont été exprimées. La première va dans le sens de la pérennité de la protection américaine de Taïwan : si les États-Unis s’apprêtent à abandonner l’Ukraine à la Russie, ce serait pour se concentrer sur leur véritable ennemi, la Chine. La seconde affirme au contraire que Taïwan pourrait perdre le soutien américain : les États-Unis la sacrifieraient à la Chine contre des compensations dans l’hémisphère occidental. Mais la politique de Donald Trump n’a probablement pas la cohérence que lui prêtent ces représentations et il paraît aussi excessif de tabler sur la protection pérenne de Taïwan que d’annoncer sa trahison par les États-Unis. L’ambiguïté stratégique risque plutôt de succéder à la confusion stratégique.
L’évaluation de l’importance de Taïwan pour la nouvelle administration américaine suppose d’examiner ce qu’il reste du cadre mis en place pour les relations avec l’île du temps de la Pax Americana, qui semble toucher à son terme. Pendant des décennies, Taïwan a été au cœur du dispositif américain en Asie orientale, verrouillant l’expansion de la Chine vers le Pacifique. Taipei aura désormais fort à faire, dans cette nouvelle ère incertaine, pour convaincre le président américain de son intérêt à maintenir ce verrou. Si rien n’autorise pour le moment à conclure au désengagement américain, les signaux équivoques envoyés par une nouvelle administration Trump déjà divisée augmentent les risques d’un mauvais calcul de la Chine à un moment déjà extrêmement dangereux pour les relations sino-américaines. Sans tendre vers la guerre imminente, cela la rend déjà un peu moins improbable.
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