Comment les tensions géopolitiques remodèlent les relations commerciales. Fragmentation géoéconomique ou poussée manufacturière chinoise ?
Une analyse basée sur des données montre qu'une fragmentation géoéconomique généralisée du commerce mondial n'est pas visible, du moins jusqu'à présent. En revanche, les défis à la coordination internationale, motivés par des considérations géopolitiques, sont frappants, notamment en ce qui concerne l'excédent croissant de la Chine dans le commerce des produits manufacturés.
Il est devenu habituel, presque évident, de considérer que l’économie mondiale est remodelée par des forces de fragmentation, résultant des tensions géopolitiques et de la concurrence stratégique entre les grandes puissances, au travers notamment de leurs politiques commerciales et industrielles. Cette Note confronte cette hypothèse aux données récentes de commerce international. Elle montre que, loin d’être une tendance généralisée, la fragmentation géoéconomique des flux commerciaux n’est significative que dans les « points chauds », en l’occurrence le commerce extérieur de la Russie et les échanges bilatéraux entre la Chine et les États-Unis. En dehors de ces points chauds, il n’y a pas de signe tangible que les tensions géopolitiques façonneraient des blocs commerciaux, ni même qu’une tendance à la relocalisation proche (nearshoring) serait établie, au contraire. La concurrence entre politiques industrielles ne semble pas non plus avoir joué un rôle déterminant pour structurer les schémas commerciaux. Une tendance beaucoup plus spécifique se dégage : il s’agit de l’augmentation massive de l’excédent de la Chine dans le commerce des produits manufacturés, qui se monte depuis début 2023 à 11 % du total mondial de ces produits. Soudaine, commune aux grands secteurs et régions partenaires, cette poussée trouve son origine dans des choix politiques. Alors que les préoccupations de sécurité économique renforcent l’attention portée par les gouvernements à l’industrie manufacturière, ce phénomène est devenu un défi majeur pour la coordination internationale.
Cette analyse est disponible uniquement en anglais.
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