Les banques centrales, enjeux et outils des rivalités géopolitiques
Les banques centrales sont devenues des acteurs stratégiques majeurs des équilibres économiques internationaux. Face aux crises systémiques (2008, Covid-19), les principales banques centrales ont développé une coordination sans précédent de leurs interventions, favorisant la naissance du « consensus de Jackson Hole ».
Visant à préserver la stabilité du système financier international, leur influence repose sur une capacité institutionnelle unique à créer de la liquidité monétaire, permettant l’acquisition d’actifs ou le refinancement des institutions bancaires.
En réaction à cette architecture financière occidentale, la Chine et la Russie accélèrent l’élaboration d’infrastructures alternatives : systèmes de paiement transfrontaliers, projets de monnaie numérique multilatérale, diversification des réserves de change vers l’or, réduction progressive des avoirs en dollars. La stratégie chinoise vise l’internationalisation du yuan comme monnaie de réserve, tout en préservant son contrôle strict sur les mouvements de capitaux.
Les interventions politiques de l’administration Trump sur la politique monétaire américaine, conjuguées au gel des avoirs souverains russes, fragilisent le consensus transatlantique. L’émergence de stablecoins adossés au dollar pourrait aggraver cette fragmentation du système, faisant naître des doutes quant à l’hégémonie bienveillante des États-Unis et incitant chaque zone monétaire à développer ses propres infrastructures financières dans l’attente de conflits à venir qui constitueront autant de tests pour l’influence géopolitique des banques centrales.
Arnaud Odier travaille pour la filiale de banque d’investissement d’un grand groupe bancaire français.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Les banques centrales, enjeux et outils des rivalités géopolitiques
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analyses
Économie internationale : la fin d'un monde ? / Politique étrangère, vol. 91, n° 1, 2026
L’économie mondiale est devenue le champ privilégié d’affrontement des volontés de puissance d’un monde où l’entente, la coordination et le multilatéralisme concerté semblent durablement marginalisés. Dans cette logique éclatée, comment s’articuleront les stratégies américaine et chinoise ? L’Union européenne arrivera-t-elle à briser le cadre de ses références multi-décennales pour s’affronter aux concurrences nouvelles ? Et pourra-t-elle, comme d’autres, avec d’autres, intégrer le virage annoncé d’une économie de production vers une économie numérique, de l’information ? Et quel rôle joueront dans cette économie internationale en transition les institutions financières et, en particulier, les banques centrales ?
Dépositaires centraux de titres et risques géopolitiques. Quels défis pour l'Europe ?
Les dépositaires centraux de titres (en anglais, central securities depositories ou CSD) constituent une infrastructure fondamentale des marchés financiers, dont ils assurent l’enregistrement des titres, le règlement-livraison des transactions, la distribution des flux de trésorerie et la gestion des garanties. Souvent considérés comme une simple tuyauterie financière, les CSD sont en fait essentiels à l’accomplissement d’objectifs stratégiques comme l’établissement de l’Union de l’épargne et des investissements, la lutte contre la fraude fiscale et le renforcement de la position géopolitique de l’Europe.
Désaccords commerciaux internationaux : au-delà de Trump
La guerre commerciale qui oppose les États-Unis à la Chine n’est pas seulement liée à l’impulsivité de Donald Trump. Ses racines sont en fait profondes et tiennent à trois changements structurels du système commercial multilatéral : le retournement des avantages comparatifs, le rôle désormais central de certains pays en développement et le rééquilibrage des puissances qui rend la coordination entre États difficile. Dans ce contexte, l’avenir du commerce mondial n’est pas encore écrit.
« Doux commerce », la fin d'une illusion ?
Donald Trump a-t-il lu De l’esprit des lois ? S’il l’a fait, les passages célèbres consacrés au commerce l’auront certainement amené à considérer le baron de Secondat et de Montesquieu comme un indécrottable idéaliste, loser patenté. Alors que chaque jour ou presque charrie son lot de menaces de droits de douane, agitées à tout propos à grands coups de majuscules sur les réseaux sociaux, l’idée d’un « doux commerce », pour reprendre le condensé popularisé par Albert Hirschman, sonne comme une douce plaisanterie.