Écosystème des groupes armés en Centrafrique
Depuis 2013, les groupes armés sont les vrais « patrons » de la Centrafrique. L’objet de cette note est de comprendre le déploiement prolifique des groupes armés sur le territoire centrafricain.
Cette prolifération s’explique par l’économie politique du conflit et un espace d’action ou écosystème qui est largement ouvert au lieu d’être réduit ou fermé.
L’écosystème des groupes armés reste fondamentalement ouvert en Centrafrique pour trois raisons principales. Premièrement, dans un espace politique caractérisé par l’extrême pauvreté et l’inversion du contrat social, le « business conflict model » des groupes armés est très attractif, y compris pour les acteurs politiques de Bangui et des communautés en quête de protection et de moyens de survie. Ce « business conflict model » s’auto-entretient dans la mesure où l’insécurité devient une ressource économique. Deuxièmement, alors que la relation entre le gouvernement et les groupes armés est souvent représentée de manière antagonique, elle comporte en réalité des zones de coopération. Troisièmement, les acteurs qui sont censés contenir et lutter contre ce « business conflict model », les puissances étrangères et forces de maintien de la paix, mènent une politique qui l’encourage tacitement ou explicitement (comme certains pays voisins).
Comme la conflictualité centrafricaine est une lutte économique généralisée et de plus en plus communautaire, les revendications des groupes armés sont essentiellement des revendications économiques qui visent la légitimation politique de leur contrôle sur les ressources de certains territoires. Mais au-delà de ces ressources, ils réclament aussi un accès aux ressources de l’État dans le cadre des discussions en cours. Par conséquent, le processus de négociation de paix qui doit débuter à la fin de cette année doit reposer sur un décryptage précis des intérêts économiques des parties en présence à la table des négociations.
Cette note a été rédigée en octobre 2018.
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