La politique américaine d'immigration : la fabrique d'une crise
Notes de l'Ifri, mars 2020
L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche est apparue comme le point de départ d’un changement profond de la politique migratoire des États-Unis. Si sa politique concerne tous les aspects de l'immigration, la plus emblématique des ambitions de D. Trump demeure la construction du mur entre les États-Unis et le Mexique, qui a provoqué le plus long arrêt des activités gouvernementales (shutdown) de l’histoire américaine.
Cependant, si Donald Trump a fait de la question migratoire un marqueur central de son projet politique, les débats sur l’immigration occupent de façon continue la vie politique américaine depuis les années 1980. De la loi IRCA (Immigration Reform and Control Act) adoptée en 1986 pendant la présidence de Ronald Reagan au programme de régularisation des jeunes immigrants de Barack Obama, les présidents successifs ont échoué à trouver un compromis avec le Congrès sur une réforme globale du système américain d’immigration. Davantage qu’une rupture, la politique de Donald Trump est en même temps l’héritière et le symptôme des blocages institutionnels résultant de la polarisation de la vie politique américaine.
Pourtant, la situation migratoire entre les États-Unis et le Mexique se situe bien en deçà de ce que les États-Unis ont connu au tournant des années 2000. En revanche, les profils des personnes migrantes qui se présentent à la frontière ont fortement évolué. Depuis le début des années 2010, les hommes seuls mexicains qui franchissaient la frontière pour des raisons professionnelles ont laissé la place aux familles et mineurs non accompagnés du Salvador, du Honduras et du Guatemala qui viennent chercher refuge aux États-Unis. En dépit de cette situation, l’administration fédérale s’est lancée dans une course effrénée visant à empêcher les migrants de franchir la frontière sud-ouest. S’il n’a pu commencer la construction du mur à ce jour, Donald Trump a mis en place un arsenal juridique et opérationnel permettant de repousser les migrants toujours plus loin du territoire américain. Le droit d’asile a été progressivement démantelé en limitant le nombre d’entrées aux points de passage frontaliers et en mettant en place une politique d’externalisation de la gestion des flux migratoires, au prix d’une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.
Cette politique a pu se dérouler sans rencontrer d’obstacles au niveau du Congrès soulignant à nouveau les failles du système politique américain. Pourtant, l’administration doit faire face à d’autres contre-pouvoirs au niveau des juges, des villes et de la société civile pour lesquels la question migratoire est devenue le symbole de l’opposition, voire de la résistance, à Donald Trump.
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