Une Europe fragmentée : comment composer avec la Chine, puissance technologique et d'innovation
Comment l'Europe gère-t-elle l'ascension de la Chine en tant que puissance technologique ? Le dernier rapport du Réseau européen des think tank sur la Chine (ETNC) dresse un tableau nuancé d'une approche qui converge, mais reste fragmentée à travers 22 pays.
La Chine s'est imposée comme une puissance redoutable dans les domaines de la science, de la technologie et de l'innovation à l'échelle mondiale : elle a dépassé les États-Unis en termes de dépenses de recherche et développement (R&D) en 2024 et occupe désormais une position de leader dans un grand nombre de domaines de recherche liés aux technologies émergentes clés. Le 15e plan quinquennal, publié lors de l’Assemblée Nationale Populaire en mars 2026, définit des stratégies et des mesures audacieuses visant à poursuivre la modernisation industrielle et à asseoir son leadership dans le domaine des hautes technologies, marquant une intensification significative du défi que la Chine représente pour la compétitivité technologique de l’Europe dans les années à venir.
En effet, la volonté de la Chine d’asseoir son leadership mondial a d’énormes implications pour l’UE et ses États membres. D’une part, la Chine devient un concurrent de poids dans les secteurs industriels de haute technologie et dans les domaines scientifiques innovants qui constituaient autrefois le point fort des acteurs européens. Les dépendances critiques se sont aggravées, elles s’étendent et s’approfondissent. Les technologies numériques de pointe fabriquées en Chine représentent également un risque croissant pour les infrastructures européennes. D’autre part, la Chine se présente comme un partenaire de choix pour la collaboration en matière de R&D et continue d’attirer tant les scientifiques que les entreprises européennes.
Ces dernières années, l’approche de l’UE vis-à-vis de la Chine dans le domaine des sciences et des technologies est passée d’une ouverture inconditionnelle à une logique de « de-risking », axée sur la sécurité économique et la sécurité de la recherche. Cependant, les capitales européennes ne parviennent toujours pas à s’aligner sur les modalités de mise en œuvre de cette approche.
Ce rapport de l’ETNC analyse l’impact, sur l’Europe, de l’ascension de la Chine au rang de puissance technologique et de son influence croissante dans la conception et la création d'innovations. En examinant les cas de 22 pays européens, le rapport dresse un tableau nuancé des interactions de ces États avec la Chine dans le domaine des technologies innovantes et met en évidence leurs points communs et leurs différences. Comme le montrent les analyses, les relations avec la Chine en tant que puissance technologique varient d’un pays à l’autre, mais chaque pays y est exposé d’une manière ou d’une autre. Pour certains, l’exposition aux technologies chinoises se concentre sur les produits de consommation ; pour d’autres, elle fait partie intégrante des chaînes de valeur industrielles ou des infrastructures. On observe également des différences significatives dans les débats publics – allant d’une quasi-absence de discussions à des débats animés sur l’équilibre délicat entre une collaboration nuancée et une réduction ciblée des risques en matière de technologie et d’innovation.
En examinant la manière dont chaque pays interagit avec la Chine et réagit face à cette puissance technologique et innovante, chaque auteur propose une structure analytique similaire :
- Analyser les tendances récentes en matière de collaboration scientifique et technologique avec la Chine dans leur pays respectif
- Mettre en évidence les domaines prioritaires dans lesquels l'interaction avec la Chine est la plus pertinente
- Examiner les ajustements pertinents apportés aux politiques nationales en matière de coopération technologique avec la Chine
- Présenter une perspective sur l'évolution potentielle des relations avec la Chine dans les années à venir.
France : entre souveraineté technologique et compétitivité face à la Chine
John Seaman, chercheur au Centre Asie de l'Ifri, explique que, pour la France, l’objectif de garantir la souveraineté et la compétitivité nationale et européenne structure désormais les relations avec la Chine dans le domaine de la technologie et de l’innovation. Si la capacité d’innovation technologique de la Chine est désormais indéniable, la perception du risque en France est de plus en plus palpable. Paris cherche à renforcer les compétences européennes dans des domaines touchant à la souveraineté et à la sécurité, tels que l’intelligence artificielle ou les applications quantiques, les infrastructures numériques ou les chaînes d’approvisionnement stratégiques. Cela limite naturellement l’étendue des engagements avec la Chine, ainsi qu’avec les États-Unis.
Par ailleurs, le gouvernement cherche à conditionner de plus en plus les partenariats et investissements à des transferts de technologie en provenance de Chine, notamment dans les technologies liées à la transition écologique, où la France met l’accent sur la compétitivité. Il reste toutefois à voir si Pékin est disposé à donner suite à ces transferts de technologie et de savoir-faire, car les ambitions de la Chine en matière de leadership technologique, associées à de récentes réglementations visant à contrôler davantage les investissements à l’étranger, suggèrent le contraire.
>> Ce rapport est disponible uniquement en anglais.
>> Découvrez ce rapport ainsi que tous les autres travaux de l'ETNC sur son site internet : https://etnc.info/
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