L'indirection de la guerre ou le retour de la guerre limitée
Tant les États-Unis que la Russie ont semblé ces dernières années modifier leur conception de l'emploi de la force.
Recours au privé, actions d'alliés au sol, leadership from behind pour les Américains. Valorisation des actions spéciales, du renseignement, de la guerre de l'information, et même de la gesticulation nucléaire, pour les Russes. Ces choix stratégiques témoignent sans doute, après l'ascension vers la guerre totale qu'a connu le XXe siècle, d'un retour à l'idée de guerre limitée.
Olivier Kempf est docteur en science politique. Il dirige la lettre géostratégique « La Vigie »
Article publié dans Politique étrangère, vol. 80, n° 4, hiver 2015
Plan de l’article
L’indirection stratégique américaine
Les moyens souverains
Les relais extérieurs
Retenue stratégique et leadership from behind
L’indirection stratégique russe
Une prise de conscience née des opérations en Ukraine
Guerre hybride ou doctrine Gerasimov ?
Eléments de surprise et indirection
Indirections et guerres limitées
Le refus des guerres limitées
Le retour des guerres limitées ?
Les principes d’indirection : jusqu’où ne pas aller trop loin ?
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesVers un renseignement spatial accessible à tous ? Le cas des frappes iraniennes du printemps 2026
Le conflit au Moyen-Orient a permis de constater l’efficacité des frappes iraniennes en termes de ciblage et de précision. Ce constat interpelle sur les moyens que le Corps des Gardiens de la Révolution (CGRI) a exploités pour y parvenir.
Lutter contre la flotte fantôme. La France en action
La flotte fantôme, qui représente aujourd’hui 10 % de la flotte mondiale de navires de commerce et continue de croître, est un phénomène structurel alimenté par la surcapacité maritime et la logique de contournement des sanctions internationales, qui met au défi le monde maritime dans son ensemble.
Stabilité sous pression. Un point de vue pakistanais sur la dissuasion nucléaire après Pahalgam
La crise indo-pakistanaise de mai 2025, survenue après l’attaque de Pahalgam, a relancé un débat familier mais incomplet : la dissuasion nucléaire a-t-elle fonctionné, ou a-t-elle simplement permis aux deux parties de mener une guerre limitée sous l’ombre du nucléaire ? La meilleure réponse est que la dissuasion a fonctionné au niveau pour lequel elle a été conçue. Elle a empêché une guerre généralisée ainsi qu’une escalade verticale incontrôlée, tout en maintenant les armes nucléaires à l’arrière-plan. En revanche, elle n’a pas empêché l’Inde de chercher à se ménager un espace d’action conventionnelle, ni le Pakistan de répondre par des moyens conventionnels afin de rétablir la crédibilité de sa dissuasion.
Nation-cadre : défi européen et ambition française
Apparu au début des années 2000, le concept de nation-cadre obéit à différentes logiques, qu’il s’agisse d’assumer le leadership d’une opération militaire, de diriger un projet capacitaire commun ou de commander une structure de forces permanente. Dans tous les cas, le pays qui assume ce rôle entend bien y trouver un surcroît d’influence politico-militaire.