France et AUKUS : Rebondir pour relever les défis du Pacifique
En septembre 2021, l'annonce du nouveau partenariat de défense entre l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis (AUKUS) a été un choc pour Paris.
Non seulement cela signifiait la conclusion brutale d'un accord sur les sous-marins signé avec Canberra en 2016, mais aussi une rupture de confiance majeure dans les relations de la France avec ses trois partenaires clés – mettant en lumière les divergences d'approches quant au défi chinois. Cette initiative, qui se veut une réponse coordonnée à l'expansion chinoise dans l'Indopacifique, remet en cause le positionnement stratégique de la France dans la région.
Un an après, AUKUS ne semble pourtant pas avoir marqué un tournant majeur dans la stratégie française dans la région, et plus particulièrement dans le Pacifique. Les relations bilatérales avec Washington, Canberra et, dans une certaine mesure, Londres se sont progressivement rétablies. Les discussions politiques et stratégiques du Shangri-La Dialogue en juin 2022, les récentes visites du Premier ministre et du ministre de la Défense australiens en France ont marqué le retour d’une dynamique positive pour une meilleure coopération stratégique dans la région. Plutôt que de provoquer un changement radical dans la stratégie indopacifique de la France, AUKUS a mis en évidence une ligne de fracture entre la rhétorique stratégique/politique et le niveau opérationnel de la coopération de défense dans cette région.
Les multiples enjeux de sécurité maritime et environnementale qui concernent les îles du Pacifique imposent à la France de coopérer étroitement avec ses partenaires régionaux, à commencer par l'Australie, et de continuer à promouvoir un multilatéralisme efficace. Par ailleurs, les risques croissants de conflits de haute intensité aux abords de la région océanienne, notamment dans le détroit de Taïwan et/ou en mer de Chine méridionale, imposent à la France d'accélérer le renforcement de son interopérabilité avec ses partenaires régionaux et probablement de décider du rôle qu'elle voudrait - et pourra – tenir pour la défense de ses propres intérêts et de ses alliés.
Cette publication est disponible en langue anglaise uniquement: France and AUKUS: Bouncing Back to Live up to Pacific Challenges
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesNation-cadre : défi européen et ambition française
Apparu au début des années 2000, le concept de nation-cadre obéit à différentes logiques, qu’il s’agisse d’assumer le leadership d’une opération militaire, de diriger un projet capacitaire commun ou de commander une structure de forces permanente. Dans tous les cas, le pays qui assume ce rôle entend bien y trouver un surcroît d’influence politico-militaire.
Évolution stratégique du soutien apporté par l'OTAN à l'Ukraine : une étude des initiatives NSATU et PURL
Cette étude analyse une transformation majeure du soutien pratique de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à l’Ukraine, marquée par la création de la mission NATO Security Assistance and Training for Ukraine (NSATU) et du mécanisme de financement Prioritized Ukraine Requirements List (PURL).
Les fausses promesses du Golden Dome. Incertitudes d’un projet déstabilisateur
Le Golden Dome, annoncé dans le Bureau ovale en mai 2025 par Donald Trump, est un projet de système de défense antimissile visant à protéger l’intégralité du territoire américain contre les menaces balistiques, hypersoniques, de croisière et autres missiles avancés. Inspiré du système israélien Iron Dome et de l’Initiative de défense stratégique (IDS) des années 1980, ce programme s’appuie sur une architecture multicouche intégrant des capteurs et des intercepteurs, dont une composante spatiale comprenant des intercepteurs orbitaux capables de détruire des missiles lors de leur phase de lancement.
Y a-t-il un pilote dans la flotte ? L’enjeu de l’intégration des systèmes autonomes au sein d’une force navale
Les systèmes autonomes ont pris la mer il y a bien longtemps. Même les « robots tueurs », objets d’angoisses récurrentes, ne datent pas d’hier : les mines marines sont apparues à la fin du XIXe siècle, les torpilles acoustiques dans les années 1940 et les frégates type Horizon conçues à la fin de années 1990 sont capables d’engager automatiquement une cible aérienne.