23
mai
2007
Editoriaux de l'Ifri Édito Énergie
Jan Horst KEPPLER

Sécurité énergétique, Environnement, Développement : Comment réaliser les objectifs multiples des pays du G8 en matière d'énergie ? Edito Energie, mai 2007

Sécurité énergétique, Environnement, Développement : Comment réaliser les objectifs multiples des pays du G8 en matière d'énergie ?

L"énergie, un enjeu vital pour le G8

L"énergie, la sécurité de son approvisionnement, ses impacts sur l"environnement et le développement, constituent aujourd"hui un enjeu majeur de la coopération internationale, soit au niveau de l"Union européenne soit au niveau des sommets du G8. La concentration du G8 sur l"énergie résulte d"une double prise de conscience. D"abord celle de vivre dans un monde interconnecté, vérité nulle part plus évidente que dans le domaine de l"énergie. Ensuite la conscience de vivre dans un monde de ressources rares, à la fois en ce qui concerne les matières premières comme pétrole, gaz, uranium ou charbon, indispensables pour toute économie moderne, et les ressources naturelles telles la biodiversité ou la capacité d"absorption de l"atmosphère face aux gaz à effet de serre.

Successivement, les sommets G8 de Gleneagles (6-8 juillet 2005) et de Saint Petersburg (15-17 juillet 2006) ont mis l"énergie propre et la sécurité des approvisionnements au centre des délibérations des chefs d"Etat des huit plus grands pays industrialisés (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et Russie). Le sommet de Heiligendamm (6-8 juin 2007) continuera d"élaborer des orientations communes pour les politiques de l"énergie. Sous le titre général d"Investissement, Innovation, Durabilité, les délibérations s"organiseront en deux domaines principaux. Le domaine " Croissance et responsabilité " traitera de l"efficacité énergétique, instrument indispensable pour affronter le double défi de la sécurité des approvisionnements et du changement climatique. Le domaine " Afrique " ne pourra pas éviter le thème de l"accès à l"énergie, et des investissements nécessaires en la matière.

L"énergie est également au cœur des nouvelles orientations des 27 pays de l"Union européenne et, sous leur impulsion, de celles de la Commission européenne. La sécurité des approvisionnements énergétiques, un thème relativement récent dans le débat, figurait largement dans le communiqué du sommet européen des 8 et 9 mars 2007. L"engagement européen en faveur d"une réduction des gaz à effet de serre, et la création d"un système européen d"échange de quotas de CO2, ont fait de l"Europe depuis plusieurs années la championne mondiale du Protocole de Kyoto, et une interlocutrice privilégiée d"autres pays sur le thème du changement climatique. L"Europe a renforcé sa crédibilité dans ce domaine en s"engageant à réduire ses gaz à effet de serre de 20% en dessous de leur niveau de 1990, ce chiffre pouvant passer à 30% si un accord mondial était réalisé. La Commission a également préparé une série de sommets avec d"autres grands pays ou régions - avec les Etats-Unis pour le 30 avril 2007, la Russie pour le 18 mai 2007, et l"Afrique à l"automne 2007 - dans lesquels les thèmes de l"énergie et du changement climatique figureront largement.

 

La voie devant - améliorer la gouvernance, les technologies et la politique fiscale

Trois approches transversales s"offrent pour fédérer les différents aspects de la discussion : (1) l"approche institutionnelle ; (2) l"approche technologique et (3) l"approche économique. Concernant l"approche institutionnelle, le monde de l"énergie dispose aujourd"hui de l"Agence internationale de l"énergie (AIE), organisation intergouvernementale dont les racines remontent à la recherche de parades au premier choc pétrolier. Efficace et utile dans la collecte de données et dans la synthèse d"informations pertinentes, l"AIE (dont tous les pays du G8 sauf la Russie, et la plupart des pays européens, sont membres) est aujourd"hui de facto le secrétariat du G8 en matière d"énergie. Pour avancer vers une meilleure sécurité des approvisionnements, les pays du G8 doivent développer ensemble, avec d"autres pays importateurs et des pays producteurs majeurs, un mécanisme susceptible de répondre à des interruptions inattendues dans les approvisionnements. L"AIE pourrait être mandatée de proposer un tel mécanisme.

La question se pose néanmoins de savoir si le mandat donné à l"AIE pour la sauvegarde de la sécurité des approvisionnements, ne devrait pas être élargi, pour permettre une évolution vers une véritable coordination, voire une fédération des politiques nationales en matière d"énergie. Une autre question est de savoir dans quelle mesure les pays européens souhaitent se présenter unis dans de tels forums internationaux. L"approche institutionnelle doit également approfondir l"engagement pris à St. Petersburg d"améliorer la transparence, la prévisibilité et la stabilité des marchés mondiaux de l"énergie.

Concernant l"approche technologique, tous les espoirs sont permis. Le secteur de l"énergie est pourtant plus caractérisé par une étonnante stabilité technologique - en partie due à sa dépendance vis à vis d"infrastructures physiques exigeant de très lourds investissements - que par un grand dynamisme. Les politiques de recherche montrent un clair volontarisme dans tous les pays, mais les réalités du terrain tardent à changer en l"absence d"incitations financières complémentaires. Même le grand thème du sommet de Heiligendamm et de la politique énergétique européenne : l"augmentation de l"efficacité énergétique, en restera au niveau des déclarations d"intention sans encadrement conséquent. Le renforcement de la coopération des réseaux de recherche ne peut pourtant qu"accroître les chances de découvrir des technologies transformationnelles. Biocarburants, génération 4, énergies renouvelables - les idées ne manquent pas. Dans les économies de marché, l"adoption de technologies ayant une meilleure efficacité énergétique est déterminée par le prix de l"énergie. Le niveau actuellement élevé des prix du pétrole et du gaz crée des opportunités nouvelles pour des technologies plus efficaces en énergie et en carbone. Les gouvernements du G8 sont ainsi encouragés à ne pas interférer avec ce processus par des subventions ou d"autres barrières mises au bon fonctionnement du marché.

Restent les prix de l"énergie et la démarche fiscale dans une approche économique. L"absence d"harmonisation fiscale dans le domaine de l"énergie entre les pays du G8, implique aujourd"hui que le consensus minimal se limite à la notion de " prix abordables " (affordable prices). Le prix de l"énergie est pourtant le facteur principal qui déterminera à la fois la demande d"énergie, et donc le niveau de dépendance, l"adoption de technologies plus efficaces, et les efforts privés pour développer des nouvelles technologies plus économes. A vrai dire, limiter les émissions de CO2 et déterminer ainsi un prix implicite pour les émissions, a des effets comparables à une (faible) taxation des énergies fossiles. Une meilleure coordination des gouvernements des pays du G8, visant à terme à l"harmonisation des impôts sur l"énergie ou les prix du carbone aurait plusieurs avantages. Elle aurait tout d"abord des conséquences bénéfiques pour la sécurité des approvisionnements et la qualité de l"environnement. Elle éviterait, ensuite, des conflits futurs, inéluctables si le coût de l"énergie et du carbone contenu dans les produits à haute intensité énergétique variait significativement entre les partenaires commerciaux.

Une combinaison de ces trois approches associée à une meilleure coordination et harmonisation des politiques des pays du G8 constitue aujourd"hui la meilleure piste pour améliorer à la fois la sécurité des approvisionnements et la qualité environnementale ainsi que de réaliser le plain potentiel de développement qu"offrent les énergies modernes.