Climat et commerce international : le choc des puissances
La bataille pour le climat a une dimension économique majeure. Avec la neutralité climatique comme nouvel horizon, les grandes puissances misent sur la politique industrielle verte et tentent de contenir les émissions associées à leurs importations. Cette approche renforce le soutien domestique aux engagements climatiques, mais elle porte le risque d’attiser les confrontations et donc de ralentir la transition globale, sauf à s’entendre sur de nouvelles règles du jeu commercial international.
Depuis l’élection de Joe Biden, un vent d’optimisme souffle sur les négociations climatiques internationales. L’espoir d’une solution multilatérale renaît à quelques mois de la grande conférence de Glasgow (COP26) qui doit marquer la clôture d’un nouveau cycle de révision des engagements pour 2030. En un temps record, les États-Unis ont non seulement réintégré l’accord de Paris sur le climat, mais ils ont aussi présenté au reste du monde un plan de réduction de leurs émissions nationales de -50 % à -52 % d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005. Cette annonce est intervenue le 22 avril 2021, à l’occasion d’un grand sommet virtuel organisé par la Maison-Blanche. Il poursuivait un double objectif : démontrer la crédibilité de l’engagement américain en faveur du climat et accroître la pression diplomatique sur l’ensemble des grands émetteurs, à commencer par la Chine, afin qu’ils suivent le même chemin.
Pourtant, les chiffres ne sont guère encourageants. En 2020, du fait des restrictions liées à la pandémie de Covid-19, les émissions de CO2 ont connu la plus forte baisse enregistrée depuis la Seconde Guerre mondiale (-6 %), mais la trajectoire s’est inversée dès la reprise de l’activité et des échanges. Les prévisions pour 2021 laissent présager un rebond de 5 %, qui reflète l’absence de changement structurel durable. Pour trouver des raisons d’espérer, il faut se concentrer sur l’évolution des discours officiels. Fin 2019, les pays européens étaient quasiment les seuls à promettre d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050, alors que cet objectif engage désormais les deux tiers de l’économie mondiale, dont les États-Unis et la Chine (pour 2060). Cela signifie que tous les grands pays industrialisés s’engagent à réduire drastiquement leurs émissions territoriales pour parvenir, d’ici le milieu du siècle, à un niveau minimal d’émissions résiduelles, pouvant être entièrement compensé par les puits de carbone domestiques, qu’ils soient naturels (forêts) ou artificiels (géo-ingénierie).
Pour servir la cause climatique, ces ambitions de long terme doivent s’accompagner d’une mise en cohérence des objectifs de moyen terme (2030), sans quoi la trajectoire menant à la neutralité climatique serait intenable. C’est précisément le mandat de la présidence britannique de la COP26, qui est soutenue dans ses efforts par l’engagement constant de l’Union européenne (UE) et l’activisme diplomatique de l’administration Biden. […]
PLAN
- L’essor des rivalités industrielles pour le contrôle des technologies bas-carbone
- L’écrasante domination de la Chine
- L’Europe déterminée à revenir dans le jeu
- La politique climatique de Biden ou le pari de la croissance verte - Réguler les émissions importées : la nouvelle frontière des politiques climatiques
- L’enjeu des « fuites de carbone »
- Le casse-tête de l’ajustement carbone aux frontières
Carole Mathieu est responsable des activités européennes au Centre Énergie et Climat de l’Institut français des relations internationales.
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