Les conséquences de la guerre d'Ukraine pour le secteur de l'énergie
Le déclenchement de la guerre en Ukraine a renforcé les chocs sur les marchés énergétiques. L'Union européenne a compris soudainement le coût de sa dépendance aux hydrocarbures russes et cherche depuis lors à accélérer la diversification de ses approvisionnements et de son mix énergétique. Elle devra aussi apprendre à réduire sa consommation. Au-delà de l'Europe, les impératifs de sécurité énergétique semblent avoir pris le pas sur les objectifs climatiques.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque le retour de la guerre interétatique à grande échelle en Europe et plonge le Vieux Continent dans une multitude de crises qui se renforcent mutuellement. Cette guerre a des impacts globaux car la Russie est le premier exportateur mondial de gaz (pour l’essentiel par gazoducs) ; de liquides d’hydrocarbures (pétrole brut et produits raffinés) ; l’un des premiers exportateurs de charbon, d’uranium, de métaux et minerais ; et enfin de matières premières agricoles et d’engrais. La Russie était aussi sur le point de se hisser au tout premier rang des exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), talonnant les États-Unis, le Qatar et l’Australie. L’inflation qui sévit désormais dans la plupart des économies et les tensions sans précédent sur les marchés agricoles et des hydrocarbures attestent l’impact du conflit, tout comme le ralentissement de la croissance économique mondiale ainsi que la multiplication des zones et foyers d’instabilité.
Un système énergétique tenu par la Russie
Lorsque Vladimir Poutine annexe la Crimée en 2014 et lance des opérations armées dans le Donbass, les prix du pétrole et du gaz s’effondrent quelques mois plus tard pour des raisons systémiques. Le président russe limite alors ses opérations militaires, ouvrant la voie aux deux accords de Minsk. Ce qui se dessine aujourd’hui aurait pu avoir lieu il y a huit ans, mais le contexte ne s’y prêtait pas. Les sanctions occidentales avaient pour objectif de réduire la capacité de la Russie à renforcer sa production et ses exportations d’hydrocarbures à long terme, et de bloquer les partenariats entre compagnies pétrolières occidentales et sociétés nationales russes. Elles n’ont pas provoqué de hausse des prix, les flux énergétiques entre la Russie et l’Union européenne (UE) se sont poursuivis, voire renforcés, et la Russie a été confrontée à cinq années de prix bas pour ses exportations entre 2015 et 2020.
Vladimir Poutine a mis à profit ces années pour poursuivre quatre objectifs : renforcer la diversification des exportations pétrolières et gazières russes pour accéder à de nouveaux marchés (GNL, Chine par gazoduc) ; accentuer la dépendance des Européens aux hydrocarbures russes, notamment de l’Allemagne, avec des livraisons abondantes et le lancement du projet Nord Stream 2 ; susciter des tensions géopolitiques en Europe et au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord ; consolider ses alliances au Moyen-Orient pour renforcer la capacité de la Russie à influencer le prix du pétrole (l’alliance avec l’Arabie Saoudite et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, dite OPEP+). […]
PLAN
- Un système énergétique tenu par la Russie
- Tensions sur les marchés et pression sur les Européens
- En Europe, les réponses de court terme face aux impératifs de long terme
- Dans le reste du monde : sécurité énergétique contre climat
- Une stratégie de sécurité climatique pour un monde dégradé en voie de fragmentation
Marc-Antoine Eyl-Mazzega est directeur du Centre Énergie et Climat de l'Ifri.
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