Géopolitique de l'Amazonie
Réservoir irremplaçable de biodiversité et d’eau douce, le bassin amazonien a acquis une importance majeure à l’heure des dérèglements climatiques. Les incendies qui ont touché la forêt amazonienne en 2019 ont révélé la vulnérabilité de cet espace et mis en lumière de profondes divergences entre le gouvernement brésilien et la communauté internationale. Jair Bolsonaro défend des positions climato-sceptiques. Il fait primer le développement économique sur la protection de l’environnement.
Les incendies qui ont ravagé l’Amazonie en 2019 ont mis en lumière les difficultés d’une conciliation entre exigences environnementales et économiques dans ces territoires. « Poumon de la Terre », la forêt amazonienne s’étend sur plus de 7,5 millions de km² et constitue un réservoir unique de biodiversité. Plus grand système hydrographique au monde, le bassin amazonien concentre également 20 % des réserves d’eau douce. Alors que le réchauffement climatique s’accélère, l’énorme stock de carbone contenu par la forêt amazonienne menace d’être libéré sous l’effet d’une déforestation qui tend à augmenter. 90 000 incendies ont été comptabilisés en 2019, soit le plus lourd bilan depuis près d’une décennie. Ils ont suscité une vive émotion internationale, et entraîné la mise en cause du gouvernement brésilien, en particulier de son président Jair Bolsonaro. La forêt amazonienne a déjà perdu 20 % de sa superficie en l’espace de cinquante ans selon le World Wildlife Fund (WWF). La déforestation en Amazonie a désormais presque doublé au Brésil par rapport à 2018, poussant les monocultures commerciales et les activités d’extraction toujours plus loin dans les confins tropicaux.
Ces récents événements révèlent que les territoires amazoniens ne sont plus périphériques. Bien qu’historiquement marginalisée, l’Amazonie est désormais une région stratégique de premier plan. Ses ressources minérales et ses potentialités agro-industrielles la placent au cœur des priorités nationales pour le Brésil dont le territoire comprend environ 60 % de la superficie totale du bassin amazonien. En 1953, le Brésil a défini le cadre politico-administratif et territorial d’une « Amazonie légale », dans lequel sont menés les programmes d’infrastructure et de colonisation des terres amazoniennes.
La notion de territoire désigne communément un espace approprié et délimité par une autorité, formant la base d’une juridiction. Or, à l’heure de la crise écologique et climatique mondiale, une tension apparaît entre la souveraineté des États administrant l’Amazonie et la volonté de certains acteurs de faire appliquer des normes internationales, voire d’internationaliser la gestion amazonienne. Dans ce contexte, quels sont les défis mais aussi les menaces qui pèsent en Amazonie sur la protection environnementale et des populations ? […]
PLAN
- L’Amazonie brésilienne, dynamiques pionnières et construction nationale
- Préserver ou exploiter ? Retour sur les contradictions contemporaines de l’Amazonie
- Une « vulnérabilité stratégique » au cœur de tensions diplomatiques
Ombelyne Dagicour, docteur des universités de Genève et Paris-1 Panthéon-Sorbonne, est spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Amérique latine. Elle enseigne à Sciences Po (campus de Poitiers).
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