Vulnérabilités et risques de la zone euro
La guerre en Ukraine a mis au jour les vulnérabilités de l’Union européenne. L’arrêt progressif des importations d’hydrocarbures russes alimente la hausse des prix de l’énergie, ce qui met en difficulté les pays les plus industrialisés et nourrit l’inflation. Dans un contexte post-Covid où les dettes publiques sont à un niveau très élevé, les marges de manœuvre des gouvernements sont réduites, tandis que le mécontentement des populations frappées par l’inflation profite déjà aux populistes.
Les trois années qui viennent de s’écouler ont été marquées par des événements de portée mondiale que peu de gouvernants, chercheurs ou investisseurs avaient anticipés. Certains de ces événements sont des « chocs », comme la pandémie de Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. D’autres constituent des accélérations, ou au contraire des inflexions, de tendances structurelles ; citons par exemple l’intensification du changement climatique et le rebond de la pauvreté.
Les mutations en cours demeurent difficiles à appréhender et donnent lieu à des diagnostics et des recommandations divergents de la part des intellectuels et experts, ce n’est pas nouveau. En revanche, elles ont provoqué un dissensus profond et inédit au sein de la communauté des conjoncturistes. […] On constate que le fameux « consensus de marché » a volé en éclats en 2020. Auparavant, on observait à peine un point de pourcentage d’écart entre minima et maxima en matière de prévision de taux d’inflation et de croissance du PIB. Avec la pandémie mondiale, le différentiel a bondi pour ce qui est des prévisions de croissance, sans revenir au niveau d’avant crise. La même tendance est observée pour l’inflation au printemps 2022, en raison cette fois de la guerre russo-ukrainienne.
Pourquoi de telles divergences d’opinions ? Parce que les scenarii extrêmes, jugés ces dernières années très peu probables ex ante (mais impliquant de très grandes pertes économiques et financières), sont désormais envisagés sérieusement par certains économistes. On entend ici s’appuyer sur ce constat pour analyser les principaux risques auxquels est confrontée la zone euro et déterminer dans quelle mesure ils sont susceptibles de menacer sa pérennité. Seront abordés successivement la faiblesse géopolitique du continent, le danger inflationniste, et enfin les risques politique et systémique.
PLAN
- La faiblesse géopolitique de la zone euro et ses conséquences
- La vulnérabilité militaire
- La vulnérabilité énergétique
- La vulnérabilité industrielle - Le risque inflationniste
- L’action de la BCE
- L’action budgétaire et fiscale des États et de l’Union européenne - Juguler à la fois les risques politique et systémique : une tâche impossible ?
- Le risque politique
- Le risque systémique
Norbert Gaillard est économiste et consultant indépendant, spécialiste de la notation financière. Son dernier ouvrage est : Moral Hazard: A Financial, Legal, and Economic Perspective, Abingdon & New York, Routledge, 2022.
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Vulnérabilités et risques de la zone euro
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLes financements-climat vers l'Afrique : charge ou opportunité ?
L'Afrique est à la fois une victime et un contributeur croissant du changement climatique, mais aussi une solution partielle grâce à la richesse de ses milieux naturels. Au regard des besoins du continent, les montants limités de la finance-climat génèrent des frustrations sans issue. Pour sortir de l'impasse, l'attention devrait se tourner vers la manière de soutenir une croissance durable, au bénéfice des Africains, des équilibres environnementaux et de l'économie mondiale.
Comment parvenir à la neutralité carbone ?
Le réchauffement climatique et la nécessité de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre imposent de redéfinir en profondeur les systèmes énergétiques de demain. Industries et sociétés doivent s'engager urgemment dans ce vaste mouvement de transformation. Pour réussir le pari de la décarbonation, il faudra pouvoir compter sur la cohérence des politiques énergétiques, une logique inclusive et des investissements soutenus dans l'innovation technologique.
La Chine et le concept de troisième pôle
Pour légitimer son intérêt pour la gouvernance et les ressources de l'Arctique, la Chine promeut le concept de troisième pôle, constitué de l'Himalaya et du plateau tibétain. Ce concept fait l'objet de représentations cartographiques originales qui placent la Chine au centre du monde, entre l'Arctique et l'Antarctique. Ces représentations tranchent avec les cartes européocentrées qui prédominent dans les pays occidentaux. Elles font partie du soft power de Pékin.
Syrie : un conflit gelé en trompe-l’œil
La baisse des violences pourrait laisser penser que la guerre en Syrie est en passe de prendre fin. En fait, le conflit est temporairement gelé mais les conditions d'une reprise des hostilités sont bel et bien présentes. Le pays est actuellement divisé en quatre zones contrôlées respectivement par le régime épaulé par Moscou et Téhéran ; par l'administration autonome du Nord-Est soutenue par Washington ; par la Turquie ; et les djihadistes d'Hayat Tahrir Al-Sham. Le statu quo risque de ne pas durer.