Taïwan : la prochaine Ukraine ?
Leader mondial des semi-conducteurs, Taïwan a pris une importance centrale pour les deux grandes puissances rivales, étasunienne et chinoise.
Le 24 février 2022, Vladimir Poutine envahit l’Ukraine à la grande surprise de la majorité des observateurs de la Russie, y compris des plus avisés. L’avenir nous dira si cette guerre se révélera ou non une erreur stratégique funeste pour le président russe. Cette agression incite à reconsidérer avec le plus grand sérieux les ambitions chinoises d’unification de Taïwan, y compris par la force. Pékin modernise en effet à grands pas son armée et entraîne ses troupes à un assaut contre l’île de 23,5 millions d’habitants devenue une importante puissance technologique.
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La prise de Taïwan par la Chine populaire permettrait donc de faire sauter le verrou de la première chaîne d’îles et de menacer plus directement les États-Unis.
Deuxièmement, Washington entretient des alliances avec la Corée du Sud et le Japon qui comptent sur les États-Unis pour garantir leur sécurité face à la Corée du Nord et la Chine. II s’agit notamment du « parapluie nucléaire » américain, à savoir l’engagement des États-Unis à utiliser leurs armes nucléaires contre un pays qui menacerait ses deux alliés d’une attaque atomique. Bien que Washington n’ait pas de traité d’alliance avec Taïwan, ne pas réagir en cas de guerre enverrait du même coup un message fort peu rassurant à ses deux alliés riverains de la mer de Chine.
Troisièmement, le savoir-faire de Taïwan dans l’industrie des semi-conducteurs est stratégique dans la compétition technologique qui constitue le nerf de la rivalité sino-américaine. Ne pas défendre Taïwan en cas d’offensive de Pékin serait prendre le risque que la Chine populaire fasse main basse sur la brique technologique la plus déterminante pour les innovations d’aujourd’hui et de demain.
Taïwan est donc une pièce extrêmement importante tant dans la stratégie de Pékin que dans celle de Washington. Une attaque chinoise sur Taïwan aurait par conséquent encore plus de risque de déboucher sur un conflit mondial que l’Ukraine actuellement.
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