Les femmes dans les relations internationales
Les femmes ont longtemps été totalement absentes de l’histoire des relations internationales et de la scène diplomatique. À cet égard, le siècle qui s’achève ne marque, au mieux, que l’infléchissement tardif d’un phénomène qui connut, au XIXe siècle, une sorte d’apogée. En France, la création de l’ENA, en 1945, marque le début d’une ère nouvelle, en permettant à des femmes d’accéder aux emplois de la haute fonction publique. Mais il fallut attendre 1972 pour qu’une Française soit nommée, pour la première fois, ambassadrice. Sur la scène internationale, les droits des femmes sont reconnus à partir de 1946, grâce à l’action de l’ONU. Mais il reste encore à assurer dans les faits l’égalité entre hommes et femmes que tant de conventions proclament et que si peu d’États, même développés, se donnent vraiment la peine d’appliquer.
Feuilletons ensemble, au hasard, les photographies de la scène internationale, celles des moments où les grands de ce monde se rencontrent. Pas une femme ne figure sur celles du Congrès de Versailles, en 1919 ; pas une lors de la rencontre de Yalta, en 1944. Qui s'en étonnerait ? En 1919, les États qui ont reconnu aux femmes le droit de voter et celui d'être éligibles se comptent sur les doigts d'une main. En 1944, la citoyenneté des femmes a progressé, mais celles qui remplissent des fonctions électives et ministérielles demeurent une curiosité. Plus d'un demi-siècle s'est écoulé lorsque se tient à New York, en septembre 2000, le « sommet du millénaire ». Une photographie l'immortalise. On compte, difficilement, six femmes perdues parmi les quelque 181 chefs d'États et de gouvernements qui entourent le secrétaire général des Nations unies. Comme si rien n'avait changé, ou presque, depuis... le congrès de Vienne de 1815. Simplement, on remarque maintenant davantage cette masculinité du pouvoir, et au niveau international, comme désormais dans nombre de pays, la féminisation des instances de décision est à l'ordre du jour. Depuis plus d'un siècle, des femmes (et des hommes aussi) se sont battus pour que les droits des hommes soient aussi ceux des femmes. La scène internationale a résonné de ces combats qui demeurent d'actualité.
Invisibles dans l'histoire des relations internationales, absentes de la scène diplomatique
Où sont les femmes ? Alors qu'elles ont toujours représenté, grosso modo, la moitié du genre humain, elles ont été longtemps absentes du récit du passé. L'histoire des femmes s'est développée depuis trois décennies seulement. Elle est le produit, en Occident, de l'entrée massive des filles dans l'Université. Et de leur critique d'un enseignement qui ne leur disait rien de leurs mères et grands-mères dont elles savaient pourtant qu'elles avaient joué un rôle actif dans la vie, souvent troublée, de leurs pays. N'ont-elles pas participé aux guerres ? Et pas seulement comme victimes civiles, veuves d'un compagnon, d'un époux, mère d'un fils (voire de plusieurs) tombés au front, victimes aussi de viols pratiqués depuis toujours comme armes de guerre. Sur le front, elles n'étaient pas en première ligne. Sauf, on l'oublie souvent de façon pudique, comme prostituées. Il fallait bien sauvegarder le moral des troupes... Elles ont aussi été combattantes de l'ombre pendant les guerres de libération. Et tenté d'influer sur l'organisation de la paix. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Invisibles dans l'histoire des relations internationales, absentes de la scène diplomatique
- La présence des femmes dans le débat transnational, du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale
- Les droits des femmes sur la scène internationale depuis 1945
- Conclusion
Françoise Gaspard est maîtresse de conférences en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
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Les femmes dans les relations internationales
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