Désaccords commerciaux internationaux : au-delà de Trump
La guerre commerciale qui oppose les États-Unis à la Chine n’est pas seulement liée à l’impulsivité de Donald Trump. Ses racines sont en fait profondes et tiennent à trois changements structurels du système commercial multilatéral : le retournement des avantages comparatifs, le rôle désormais central de certains pays en développement et le rééquilibrage des puissances qui rend la coordination entre États difficile. Dans ce contexte, l’avenir du commerce mondial n’est pas encore écrit.
Les relations commerciales internationales sont dans un état de tension sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, caractérisé par une multiplication de sanctions unilatérales, de représailles et de menaces, sur fond de remise en cause profonde et paralysante de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
La cause ostensible en est la politique commerciale de l’administration Trump. Le caractère déstabilisant de cette politique tient – outre les montants concernés – à la nature des instruments utilisés et des discours qui l’accompagnent. Il s’agit d’une rupture profonde avec les normes sur lesquelles s’appuie le système commercial multilatéral, dont les États-Unis ont été historiquement l’architecte et le leader. Ainsi, des mesures protectionnistes manifestement motivées par des préoccupations de nature économique ont été justifiées par l’argument de la sécurité nationale, ce qui les place de facto hors champ du système commercial multilatéral. Donald Trump clame de façon répétée tout le mal qu’il pense de l’OMC, une organisation pourtant guidée par ses membres et qui ne peut fonctionner que si ceux-ci respectent sa légitimité.
Si l’analyse de la politique de l’administration Trump est nécessaire pour comprendre la situation actuelle des relations commerciales internationales et son évolution possible, elle n’est qu’un point de départ. Les causes des tensions observées vont au-delà des lubies d’un président imprévisible. Le commerce international a profondément changé depuis un quart de siècle, qui a confronté son socle institutionnel à des problèmes structurels de trois natures : le retournement des avantages comparatifs, dans un contexte où les accords commerciaux couvrent beaucoup mieux les biens que les services ou l’investissement ; le statut de « dernier venu » des grands émergents dans le système commercial, qui crée une asymétrie d’engagement par rapport aux pays qui en sont membres à part entière de longue date ; et la multipolarité, qui prive le système d’une puissance dominante capable de jouer un rôle de leader constructif.
Ces problèmes remettent en cause la stabilité et la pertinence du système commercial multilatéral, ce qui explique pourquoi la dimension politique est en train de reprendre le dessus dans la structuration des échanges. Cette perspective suggère que le virage américain sur ces questions sera durable et pose des défis de nature politique tout autant qu’économique. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- De quoi le protectionnisme de Trump est-il le « non » ?
- Commerce international : ce qui a changé
- Les trois problèmes qui déstabilisent le système commercial multilatéral
- Le retournement des avantages comparatifs
- Le problème des « derniers venus » à la table de négociation
- La multipolarité - Le fardeau de l’héritage
- L’avenir du commerce mondial
Sébastien Jean est directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), et directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).
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