Diplomatie chinoise : de l'« esprit combattant » au « loup guerrier »
La pandémie de COVID-19 a poussé la Chine à développer une communication agressive, les représentations diplomatiques usant largement des réseaux sociaux pour diffuser une image positive des réalisations chinoises et critiquer les pays occidentaux. S’affirme à cette occasion une volonté de puissance décomplexée, un « esprit combattant » correspondant à la pensée de Xi Jinping en matière internationale. L’effet global pourrait bien cependant être négatif pour l’image internationale de la Chine.
Le développement de l’épidémie du COVID-19 début 2020 a placé la Chine sous les projecteurs : à la crise sanitaire interne s’est ajoutée celle de son image extérieure. Les nombreux doutes quant au nombre d’infections et de décès quotidiens, l’absence de transparence de l’enquête sur l’origine du virus, le retard volontaire pris entre le 14 et le 20 janvier pour déclarer la transmission interhumaine du virus, puis la pression exercée sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour retarder la déclaration de l’Urgence de santé publique de portée internationale au 30 janvier, ont suscité critiques et suspicions. Dans ce contexte, nombre de diplomates chinois, à Pékin et dans le monde, sont sortis de leur réserve habituelle pour défendre haut et fort le discours officiel.
Alors que la Chine déplore les « préjugés hostiles », le paradoxe est celui d’une diplomatie qui, dans sa croisade contre ce qu’elle estime être une campagne de désinformation visant à lui nuire, contribue à aggraver la défiance générale. Cette nouvelle pratique diplomatique est-elle le fruit d’initiatives personnelles de diplomates zélés, ou d’une stratégie du gouvernement central ? Et quelles sont ses conséquences pour les relations internationales et l’image de la Chine dans le monde ?
« Loups guerriers » et diplomatie du tweet
Face à la vague de critiques internationales, de nombreux diplomates chinois se sont démarqués par une attitude agressive, dénonçant sur les médias et les réseaux sociaux occidentaux les politiciens et « médias occidentaux antichinois ». Cette contre-offensive visait à discréditer les critiques à l’encontre de la Chine, et à les retourner contre les puissances étrangères. À partir d’avril 2020 cette communication agressive a été surnommée dans les médias la « diplomatie du loup guerrier », en référence au film Wolf Warrior 2, le plus grand succès du box-office chinois, sorti en 2017.
La figure de proue des « loups guerriers » est sans nul doute le directeur-adjoint et porte-parole du Bureau de l’information du ministère chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian : il s’est notamment illustré en remettant en cause à de multiples reprises l’origine du virus, suggérant qu’il aurait été élaboré dans un laboratoire de l’armée américaine puis introduit en Chine. Une rumeur relayée par le réseau diplomatique chinois à travers le monde. […]
PLAN
- « Loups guerriers » et diplomatie du tweet
- Les fondements d’une doctrine d’affirmation de puissance
- Les conséquences de la nouvelle diplomatie chinoise
Marc Julienne est chercheur, responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri.
Sophie Hanck, élève à l’École normale supérieure de Lyon, est assistante de recherche au Centre Asie de l’Ifri.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Diplomatie chinoise : de l'« esprit combattant » au « loup guerrier »
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL’Europe, la puissance et la finance
La finance est devenue un attribut essentiel de la puissance. Son importance est accrue par les investissements considérables requis par les transitions énergétique et numérique, ou encore par la nécessité de soutenir les économies frappées par la pandémie de COVID-19. En matière de puissance financière, l’Union européenne dispose de nombreux atouts, à commencer par sa monnaie unique, mais elle souffre aussi de véritables handicaps, particulièrement visibles au moment de la présidence Trump.
Corées : perpétuellement vers la paix ?
Au cours des cinq dernières années, les périodes d’ouverture et de tension se sont succédé dans la péninsule coréenne. Donald Trump pensait pouvoir obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord par ses relations personnelles avec Kim Jung-un. Il a échoué. L’administration Biden se veut plus réaliste et méthodique. Elle pourrait choisir des options intermédiaires, plus modestes, tout en conservant l’objectif lointain d’un démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.
Le modèle de Dubaï face au centralisme d’Abou Dhabi
Vitrine des Émirats arabes unis, Dubaï n’a jamais complètement retrouvé la croissance d’avant la crise de 2009. La double crise sanitaire et économique est une nouvelle épreuve : Dubaï doit plus que jamais compter sur le soutien de l’émirat d’Abou Dhabi, cœur politique et sécuritaire de la Fédération. La phase actuelle confirme la prédominance politique d’Abou Dhabi dans la Fédération, et impose à Dubaï de redéfinir son modèle de développement, et son narratif.
Perspectives de l’endettement public
L’endettement public doit rester soutenable, adapté aux variations de la conjoncture, sauf à risquer des conditions d’emprunt dangereuses. Sa stabilisation dépend de la croissance, de la maîtrise des dépenses publiques et de la capacité à lever l’impôt. Les banques centrales peuvent prêter aux États, mais en prenant garde à une inflation affaiblissant les entreprises. L’annulation des dettes publiques par la Banque centrale européenne pourrait ouvrir un cycle d’inflation et de dépenses immaîtrisable.