D’une crise l’autre
Les crises financière de 2008 et sanitaire de 2020 ne résultent pas de la fatalité mais bien d’actions humaines. Elles illustrent certaines dérives du système international et de la mondialisation. Cupidité corruptrice, criminalisation des économies, propension au mensonge, tendance à oublier les leçons de l’histoire : tels sont quelques-uns des ingrédients de ces crises. La pandémie de COVID-19 risque d’engendrer une accélération des comportements prédateurs, notamment de la Chine.
Au XXIe siècle, en douze années seulement, la planète a vécu deux crises majeures : l’une financière en 2008, l’autre sanitaire en 2020. Les différences entre ces deux crises mondialisées sont, au sens strict du terme, aveuglantes. Leur lumière nous cache en effet d’instructives similitudes. Si comparaison n’est pas raison, ces deux tragédies présentent six points communs qui méritent réflexion.
Petites causes, grands effets
D’abord, leur point de départ paraît dérisoire. Ces deux crises trouvent en effet leur origine dans des objets peu étudiés, voire délaissés, éloignés de l’attention des décideurs et des stratèges. De petites causes dissimulées ont cependant produit de grands effets. Elles ne relèvent pas d’une fatalité naturelle mais d’actions humaines : ce sont des tragédies, non des catastrophes. Ce ne sont pas des crises aléatoires tombées du ciel mais des événements humains.
La crise financière de 2008 naît des dysfonctionnements d’un marché financier de petite taille, aux États-Unis : celui des prêts immobiliers hypothécaires (mortgage loans). Pour les Américains, il s’agissait d’un marché sensible puisque le rêve américain prend depuis toujours les atours de l’enrichissement personnel et surtout de la propriété privée. Le héros de Frank Capra dans La Vie est belle (1946) est ainsi un humble dirigeant de caisse d’épargne, prêtant à ses coreligionnaires modestes de quoi s’offrir le rêve de leur vie : une maison.
Il est toutefois difficile de vendre le rêve de « la maison pour tous » quand les salaires sont bloqués, la répartition de la valeur ajoutée dans les entreprises se faisant au profit non des salariés mais des actionnaires et cadres dirigeants. La déflation salariale est alors masquée temporairement par une incitation massive à l’endettement des ménages, et en particulier des classes moyennes et pauvres. Cependant, nul en dehors des États-Unis ne se préoccupe de ce marché financier en raison de sa nature nationale et de sa taille réduite rapportée au gigantisme des marchés financiers. Par ailleurs, l’establishment américain – responsables politiques, économistes et journalistes mainstream, président de la Réserve fédérale, etc. – considère par idéologie que les bulles immobilières et boursières sont des artefacts, et qu’en toute hypothèse ces bulles ne peuvent présenter de danger, le risque étant dilué dans des produits structurés innovants (CDO, CDS, etc.). Or tel ne fut pas le cas. Les bulles ont éclaté. […]
PLAN
- Petites causes, grands effets
- « Je suis oiseau, voyez mes ailes… »
- Une criminalisation accélérée de l’économie
- Le mensonge paupérise et tue
- Amnésie et hubris
- Le déclin accéléré de l’Occident ?
Jean-François Gayraud, docteur en droit diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, est enseignant au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Théorie des hybrides, terrorisme et crime organisé, Paris, CNRS éditions, 2017.
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D’une crise l’autre
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