La victoire aujourd’hui, de l'évanescence au dépassement
La victoire est une notion plus compliquée à définir qu’il n’y paraît. Elle suppose l’atteinte d’objectifs militaires et politiques, mais aussi la perception et l’acceptation d’une nouvelle réalité par l’adversaire. Les guerres asymétriques du début du XXIe siècle – de l’Afghanistan à l’Irak en passant par le Sahel – montrent que la supériorité militaire ne garantit pas la victoire. Il ne faut pas en conclure que l’emploi de la force armée serait nécessairement vain.
Au cours des dernières années, les conflits armés de tous types se sont multipliés à travers le monde, de manière inédite depuis la fin de la guerre froide, mais ne connaissent que rarement des issues décisives. Les combats réapparaissent après une accalmie plus ou moins longue, alors que les conflits s’éternisent en s’éloignant progressivement de leurs raisons d’être initiales, rappelant que la violence alimente toute guerre de sa dynamique propre.
Pour la France, s’interroger sur la notion de victoire est d’autant plus nécessaire que le pays est engagé sur de multiples théâtres d’affrontement, et que les armées françaises connaissent une activité opérationnelle intense. En Libye, au Mali ou en République centrafricaine, les démonstrations de force initiales génèrent avec le temps un doute grandissant quant à notre aptitude à « gagner la paix ». La récurrence des guerres, et leur caractère indécis, amènent ainsi à questionner jusqu’à l’utilité même de l’emploi de la force armée.
Un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, la réflexion sur la victoire doit être renouvelée, et prendre la mesure des inflexions politiques, normatives, stratégiques ou opérationnelles survenues ces dernières décennies, et des conditions de l’emploi de la force aujourd’hui. La victoire est un concept central, mais demeure une réalité fuyante. Des désaccords profonds et récurrents surviennent dès lors qu’il s’agit de qualifier de victoire l’issue d’une guerre, que celle-ci soit survenue des siècles auparavant ou, a fortiori, que les violences n’aient que récemment perdu en intensité. À bien des égards, les conceptions de la victoire semblent être longtemps restées otages d’une focalisation excessive sur les seules campagnes classiques de grande ampleur, telles les guerres d’Irak de 1991 et 2003, et plus encore les guerres mondiales et autres campagnes napoléoniennes. Avant d’étudier les facteurs contribuant aujourd’hui à la rareté des victoires, le concept même de victoire doit être analysé.
Qu’est-ce que la victoire ?
Toute guerre a une fin, mais ne s’achève pas nécessairement par la victoire de l’un des belligérants. Reflet de la qualité des chefs de guerre en même temps que de l’efficience d’un système militaire, la victoire tient une place unique dans la théorie stratégique, comme dans l’histoire. Elle s’y distingue en particulier par sa nature stratégique, sa portée décisive et par la force de son symbole.
PLAN
- Qu’est-ce que la victoire ?
- La décision de faire la paix, un événement stratégique
- Le rôle primordial des buts politiques
- La naissance d’une perception partagée de la victoire - La victoire introuvable
- Une affaire de tendances
- L’âge nucléaire : la victoire insensée ?
- Stratégies irrégulières : la victoire impossible ?
- D’une méprise à l’autre
Corentin Brustlein est directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri.
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La victoire aujourd’hui, de l'évanescence au dépassement
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