La ville, champ de bataille d’hier à demain
Historiquement, les guerres se sont davantage déroulées autour des villes que dans les villes. La zone urbaine est devenue un champ de bataille moderne à partir des années 1930. Elle agit comme un égalisateur de forces entre les armées les plus avancées et les groupes non-étatiques moins bien équipés, comme l’a encore montré récemment la bataille de Mossoul. L’emploi des robots militaires est amené à se développer et leurs impacts sur les conflits sont difficiles à anticiper.
La ville s’est affirmée comme le champ de bataille moderne, au sens premier du terme : les deux adversaires s’y confrontent directement, s’affrontent en duel, se rendent coup pour coup. On ne parle pas là d’un champ de tir où l’un tire à distance des munitions de précision, tandis que l’autre les encaisse sans pouvoir riposter. Il s’agit bien d’une bataille pour un territoire qui exige de déployer tout le savoir-faire tactique des chefs et de leurs unités combattantes.
Après la guerre froide, les armées russe et américaine ont retrouvé le champ de bataille urbain à Grozny en Tchétchénie en 1995, ou à Fallouja en Irak en 2004. Les armées les plus puissantes de la planète y ont été défiées par des organisations non-étatiques particulièrement déterminées.
La ville restera le champ de bataille le plus probable des années à venir, et ce pour au moins deux raisons. D’une part, elle concentre des populations qui sont à la fois enjeux et acteurs de la conflictualité. D’autre part, elle constitue pour l’heure le lieu idéal permettant de limiter au maximum les potentialités des moyens de détection et d’agression des armées modernes.
Le champ de bataille urbain : brève histoire
La guerre en zone urbaine telle que nous la connaissons aujourd’hui – une guerre de soldats combattant à pied, de chars évoluant à très courte distance, appuyés par l’aviation – est un genre tactique relativement récent. Il date de la guerre d’Espagne de 1936, et plus particulièrement de la bataille de Madrid entre républicains et nationalistes. La bataille de Shanghai, l’année suivante, entre troupes impériales japonaises et Chinois de Tchang Kai Chek peut également être citée. Jusque-là, le chef militaire qui voulait s’emparer d’une ville, ou la défendre, se concentrait sur ses murailles, pas sur ses rues. Il fallait encercler la ville, en faire le siège avant d’y entrer. Mais on se battait rarement dans la ville même.
Historiquement, le combat de rue est assez rare, à quelques exceptions près comme les affrontements entre protestants et catholiques à Cahors en 1580, ou entre partisans espagnols et troupes napoléoniennes à Saragosse en 1809. Les armées régulières répugnaient à s’engager en ville car leur supériorité en termes de discipline et de manœuvre s’y trouvait battue en brèche par les émeutiers. […]
PLAN
- Le champ de bataille urbain : brève histoire
- Le champ de bataille en ville aujourd’hui
- Le modèle classique : la bataille de Mossoul
- Le modèle de la guerre de château-fort : l’exemple d’Alep
- Le modèle de Hué : l’infiltration pour semer la mort
- Quelle place pour l’homme dans la ville-champ de bataille ? - Demain, les robots dans la ville-champ de bataille
Pierre Santoni est colonel de l’armée de Terre. Il a commandé le Centre d’entraînement en zone urbaine (CENZUB, 94e régiment d’Infanterie). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Triangle Tactique : décrypter la bataille terrestre, Paris, éditions Pierre de Taillac, 2019.
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