L'avenir de l'Europe face à la compétition sino-américaine - Ouverture
Dans ce numéro spécial de Politique étrangère consacré aux actes de la Conférence organisée par l'Ifri le 10 avril 2019 au Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'occasion de son quarantième anniversaire, découvrez l'allocution de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances de France.
Je suis très heureux d'ouvrir cette conférence sur l'avenir de l'Europe à l'occasion des 40 ans de l'Ifri. Avant toute chose, j'aimerais remercier et rendre hommage à Thierry de Montbrial qui a fondé l'Ifri en 1979. Vous avez créé, cher Thierry de Montbrial, l'un des think tanks internationaux les plus influents d'Europe et peut-être du monde. La puissance française s'affirme d'abord et avant tout par nos idées. Et nos idées en matière internationale peuvent être défendues quand nous sommes capables de mettre en place des instituts comme l'Ifri. Depuis 40 ans, vous apportez de la raison, des informations, des analyses sur ces sujets étrangers, diplomatiques qui sont si sensibles. Nous sommes tous fiers de l'Ifri, et je tenais à vous le dire.
Revenons sur la situation du monde il y a 40 ans, au printemps 1979, parce qu'il est intéressant de voir d'où nous venons et où nous sommes parvenus.
Quarante ans de mutations
Il y a 40 ans, nous étions en pleine guerre froide et les États-Unis étaient un allié indéfectible des Européens. La Chine était un lointain pays appauvri par trente années de maoïsme, même s'il y avait encore ici quelques maoïstes forcenés à la Sorbonne pour défendre ce bilan. La Chine venait tout juste de commencer son ouverture économique. Quant à l'Europe, elle avait l'avenir devant elle. Elle ne cessait de s'élargir, de se consolider, de s'enrichir. Les choses étaient simples, et elles semblaient acquises pour l'éternité.
En 1989, cette sensation de puissance et de stabilité a été décuplée par la chute du mur de Berlin. Nous pensions qu'une fois pour toutes le modèle de la démocratie libérale l'avait emporté dans le monde et que les années qui allaient venir, les décennies qui allaient venir, seraient des décennies de paix et de démocratie. Nous avons eu à la place les guerres et la montée de l'autoritarisme. L'optimisme a changé de camp.
Nous voyons aujourd'hui une Chine qui affirme sans cesse davantage sa puissance à une vitesse stupéfiante. Je n'oublie pas les propos du président de la République populaire de Chine Xi Jinping, aux côtés de la chancelière Angela Merkel, du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, et du président de la République française Emmanuel Macron, il y a quelques jours à Paris. Avec une pointe d'ironie ou de provocation, il disait : « Mesdames et messieurs les Occidentaux, réalisez que nous avons réussi à construire en 40 ans ce qu'il vous a fallu trois siècles pour réaliser. » La Chine affirme donc sa puissance avec un concept très simple, celui des « Nouvelles routes de la soie », à la fois séduisant, tentant, mais aussi menaçant pour certains aspects de la souveraineté européenne. [...]
Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances de France.
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L'avenir de l'Europe face à la compétition sino-américaine - Ouverture
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