L'avenir de l'Europe vu des États-Unis et de l'Asie
Dans ce numéro spécial de Politique étrangère consacré aux actes de la Conférence organisée par l'Ifri le 10 avril 2019 au Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'occasion de son quarantième anniversaire, découvrez le débat animé par Sylvie Kauffmann entre Kishore Mahbubani et John Allen.
Sylvie Kauffmann
Pour ouvrir nos échanges, je voudrais dire un mot sur la manière dont nous voyons, en Europe, les États-Unis et la Chine. Nous voyons ces deux géants comme deux superpuissances rivales s'engageant dans un nouveau conflit pour la primauté. On peut avoir une image plus noire, à savoir que certains États de l'Union européenne sont aujourd'hui utilisés comme des pions dans cette compétition, ce qui pourrait détruire tout l'ordre international sur lequel est fondée cette Union. Si l'on en croit les échanges qui nous ont précédés ce matin, tout le monde aime l'Union européenne, mais d'une certaine manière tout le monde essaie de nous diviser, et peut-être aimerait-on qu'il y en ait plusieurs…
Kishore Mahbubani est sans doute le plus célèbre diplomate de Singapour. John Allen, quant à lui, n'approuve pas obligatoirement toutes les décisions du président des États-Unis… Ils sont tous deux de subtils observateurs et praticiens des affaires diplomatiques et de sécurité, et nous attendons avec intérêt leurs remarques sur l'Union européenne vue d'Asie et d'Amérique.
Un regard américain
John Allen
L'Ifri est un think tank prééminent au niveau international, et l'un de ceux pour qui la Brookings a la plus grande considération. Je suis donc très heureux de me trouver en France – et j'ajoute que j'ai un grand respect pour les armées de ce pays, avec lesquelles j'ai servi en de multiples occasions.
Sur l'Union européenne
Tout d'abord, il est important de distinguer ce que peut être la vision du gouvernement américain sur l'Europe, de la vision des Américains eux-mêmes. La présente administration a du mal à considérer l'Europe comme un tout, et l'Union européenne comme une entité en soi. Nous, Américains, ne voyons pas l'UE comme l'adversaire numéro un de l'Amérique, comme cela a pu être dit. En fait, nous voyons l'UE et l'Europe plus globalement, dans un partenariat essentiel pour les États-Unis dans l'avenir.
La Brookings considère la relation États-Unis/Chine comme la relation déterminante pour notre pays au XXIe siècle. La relation avec l'Inde est probablement indispensable. Nous devons restaurer la relation avec la Russie, à partir de la position hostile d'aujourd'hui. Il est cependant clair que la relation essentielle pour les États-Unis, pour le futur, est la relation avec l'Europe – c'est-à-dire la relation transatlantique, et l'Alliance.
Nous sommes donc concernés par l'état de santé de l'UE à tout moment, et nous savons les chocs qui résultent pour elle non seulement des choix politiques américains mais aussi du Brexit, qui ont un effet sur le moral de l'institution. Nous espérons néanmoins qu'elle en sortira intacte et solide. […]
John Allen est président de la Brookings Institution.
Kishore Mahbubani est Senior Advisor et Professor in the Practice of Public Policy à l’Université nationale de Singapour.
Sylvie Kauffmann est directrice éditoriale du journal Le Monde.
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