L’espace au XXIe siècle : à la recherche d’un nouvel équilibre
Le milieu spatial est en pleine transformation stratégique, alors que nos sociétés sont de plus en plus dépendantes des technologies de communication. L’accès à l’espace s’est démocratisé et privatisé, même s’il reste largement dominé par les États-Unis. L’espace est aussi beaucoup plus encombré, ce qui accroît le risque d’accidents. Les comportements hostiles s’y déploient, ce qui incite les États les plus avancés à développer des postures de « dissuasion spatiale ».
L’objectif des réflexions qui suivent est de restituer à l’espace son épaisseur historique et stratégique : en identifiant, tout d’abord, les éléments de permanence qui le caractérisent ; puis en rappelant que sa définition ne peut être dissociée des dynamiques profondes de nos sociétés et que ses contours sont donc évolutifs ; enfin, en étudiant comment sur cette base à la fois stable et mouvante, il se complexifie.
Les invariants de la conquête spatiale
Les États-Unis, nation spatiale par excellence
Toute analyse sur l’espace se doit de commencer par les États-Unis. Depuis la fin de la guerre froide, l’effort spatial américain constitue en effet un cas à part. Grossissant au risque de l’hypertrophie la suprématie déjà globale de ce pays sur le reste du monde, il constitue un des piliers de sa puissance. Pionnière dans les utilisations des satellites à des fins militaires, l’Amérique est la seule nation à disposer d’une doctrine complète d’emploi de l’espace. Celle-ci est à la fois stratégique, historiquement dominée par le fait nucléaire ; tactique, comme enabler en appui aux opérations militaires depuis les conflits des années 1990 et 2000 ; et désormais « contre-spatiale », pour protéger et défendre des moyens qui, du fait de leur importance grandissante, sont aussi devenus des cibles potentielles. Le fait est qu’aucun autre pays ne bénéficie à ce point des avantages que les États-Unis retirent de l’utilisation de la technologie spatiale. Aucun autre pays non plus n’a autant investi cette dernière (et n’y a autant investi), et sur une durée aussi longue.
Cela est vrai sur le plan matériel. À titre indicatif, les États-Unis consacrent toujours plus d’argent aux activités spatiales que tous les autres pays réunis (40,9 milliards de dollars en 2018 selon le cabinet spécialisé Euroconsult, sans compter les programmes classifiés – ce qui représente un écart d’un facteur de plus de six par rapport à la Chine, la Russie, la France et le Japon). Cette prédominance est par ailleurs particulièrement marquée s’agissant de l’espace militaire (72 % du total mondial). Et si les États-Unis sont désormais devancés par la Chine à l’aune du nombre de lancements, environ 45 % des satellites en orbite demeurent américains, contre un peu plus de 16 % et 7 % respectivement pour la Chine et la Russie. […]
PLAN
- Les invariants de la conquête spatiale
- Les États-Unis, nation spatiale par excellence
- La difficile maîtrise du milieu spatial
- Les paradoxes de la puissance spatiale - L’espace à l’heure du renouvellement stratégique
- Les nouveaux enjeux spatiaux
Guilhem Penent est docteur en science politique, spécialiste des questions spatiales.
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L’espace au XXIe siècle : à la recherche d’un nouvel équilibre
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