L'impossible gestion de la diversité en Irak
Éclaté entre logiques chiites, sunnites et kurdes, le système irakien ne peut trouver en soi la force de se réformer. Il fonctionne ainsi sous influences extérieures, des puissances globales (États-Unis) ou régionales (Iran, Turquie…). Les pays arabes, et particulièrement l'Arabie Saoudite, semblent vouloir renouer avec le pays ; et l'Union européenne développer une stratégie repensée. Ces parrainages pourraient favoriser un équilibre interne permettant à l'Irak d'éloigner le spectre de la guerre civile.
Le 10 octobre 2021, les Irakiens ont voté pour élire leurs 329 députés et constituer une nouvelle Assemblée nationale, probablement en attente des grandes turbulences. La première de ces grandes turbulences fut l’attaque de la résidence du Premier ministre Mustafa al-Kadhimi, le dimanche 7 novembre 2021, 28 jours seulement après les élections. Un drone piégé a explosé dans sa résidence, blessant plusieurs personnes de son entourage, au cœur de la « zone verte » de Bagdad, le quartier ultra-sécurisé et protégé de la capitale irakienne. L’attaque a néanmoins été relativement maîtrisée, deux autres drones visant la résidence ayant été abattus.
Peu après cette attaque, dans une vidéo mise en ligne sur son compte Twitter, Mustafa al-Kadhimi dénonçait l’emploi par ses adversaires de moyens militaires pour peser sur les rapports de force politiques : « les lâches attaques de roquettes et de drones ne construisent ni des patries ni un avenir ».
Cette tentative d’assassinat post-électorale pourrait être considérée comme une étape de plus de la descente aux enfers d’un État en situation de faillite, exposé à tous les risques susceptibles de faire voler en éclats une stabilité et une sécurité extrêmement fragiles. C’est dans ce contexte que le président des États-Unis Joe Biden a exprimé son soulagement que « le Premier ministre n’ait pas été blessé et salu(é) le leadership dont il a fait preuve en appelant au calme, à la retenue et au dialogue pour protéger les institutions de l’État et renforcer la démocratie que les Irakiens méritent tant ». Joe Biden n’est pas le seul à s’être inquiété de cette escalade. La France a aussi catégoriquement dénoncé « toute forme de déstabilisation du pays, de violence et d’intimidation » et l’Iran lui-même a appelé les Irakiens à la « vigilance pour déjouer les complots visant la sécurité » du pays.
Les réactions de la communauté internationale et des pays de la région montrent que la sécurité et la stabilité de l’Irak constituent un enjeu de haute importance. La régulation des rapports de force par des moyens militaires n’est acceptable pour aucun des acteurs majeurs du système international ou régional. La menace de Mustafa al-Kadhimi – « nous les connaissons et nous dévoilerons leur identité » – a donc peu de chances d’avoir des suites : l’apaisement impose ses exigences, au nombre desquelles le maintien du secret sur les organisateurs et les exécuteurs de la tentative d’assassinat. [...]
PLAN
- Un pays en miettes
- Chiites : l’approfondissement de la division
- Kurdes : une indépendance en attente
- Sunnites : vers une nouvelle structuration - Les ingérences étrangères
- Une gestion américano-iranienne de l’Irak
- Turquie : nostalgie ottomane et sécurité
- Pays arabes : une révision de la politique de rupture
- Union européenne : la recherche d’une place
Adel Bakawan est directeur du Centre français de recherche sur l'Irak (CFRI). Chercheur associé à l'Ifri, il est chargé de cours à l'université d'Evry et directeur de recherche à l'université de Soran (Irak).
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
L'impossible gestion de la diversité en Irak
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL’Europe, la puissance et la finance
La finance est devenue un attribut essentiel de la puissance. Son importance est accrue par les investissements considérables requis par les transitions énergétique et numérique, ou encore par la nécessité de soutenir les économies frappées par la pandémie de COVID-19. En matière de puissance financière, l’Union européenne dispose de nombreux atouts, à commencer par sa monnaie unique, mais elle souffre aussi de véritables handicaps, particulièrement visibles au moment de la présidence Trump.
Corées : perpétuellement vers la paix ?
Au cours des cinq dernières années, les périodes d’ouverture et de tension se sont succédé dans la péninsule coréenne. Donald Trump pensait pouvoir obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord par ses relations personnelles avec Kim Jung-un. Il a échoué. L’administration Biden se veut plus réaliste et méthodique. Elle pourrait choisir des options intermédiaires, plus modestes, tout en conservant l’objectif lointain d’un démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.
Le modèle de Dubaï face au centralisme d’Abou Dhabi
Vitrine des Émirats arabes unis, Dubaï n’a jamais complètement retrouvé la croissance d’avant la crise de 2009. La double crise sanitaire et économique est une nouvelle épreuve : Dubaï doit plus que jamais compter sur le soutien de l’émirat d’Abou Dhabi, cœur politique et sécuritaire de la Fédération. La phase actuelle confirme la prédominance politique d’Abou Dhabi dans la Fédération, et impose à Dubaï de redéfinir son modèle de développement, et son narratif.
Perspectives de l’endettement public
L’endettement public doit rester soutenable, adapté aux variations de la conjoncture, sauf à risquer des conditions d’emprunt dangereuses. Sa stabilisation dépend de la croissance, de la maîtrise des dépenses publiques et de la capacité à lever l’impôt. Les banques centrales peuvent prêter aux États, mais en prenant garde à une inflation affaiblissant les entreprises. L’annulation des dettes publiques par la Banque centrale européenne pourrait ouvrir un cycle d’inflation et de dépenses immaîtrisable.