Pauvreté globale : le choc du COVID-19
Avant l’apparition du COVID-19, la communauté internationale pensait être en mesure d’éradiquer l’extrême pauvreté à l’horizon 2030. La crise sanitaire a dramatiquement rebattu les cartes. Selon les méthodes de calcul employées, la hausse du nombre de pauvres en 2020 est estimée entre 100 et 500 millions. La lutte contre la pauvreté a subi un coup d’arrêt qui ne sera pas rattrapable à court et moyen termes. L’objectif d’éradication en 2030 n’est plus atteignable.
Les Nations unies ont fêté, en 2020, leur 75e anniversaire. La crise du COVID-19 et les catastrophes associées ont empêché une célébration trop clinquante. Il faut dire que l’épidémie a déclenché une série de calamités impactant les objectifs clés de la communauté internationale. Alors que la pauvreté reculait depuis longtemps, la Banque mondiale a annoncé une nouvelle hausse, très significative. Cette institution, qui a pour mission de mettre fin à la pauvreté, produit, collecte et analyse les données afin d’évaluer les évolutions du développement. Elle a élaboré, depuis presque un demi-siècle, un seuil international de mesure de la pauvreté. Ce seuil s’établit aujourd’hui à 1,90 dollar par jour en parité de pouvoir d’achat.
Méthodologies et qualité des données peuvent être critiquées, mais les tendances sont claires. Les observations sont renforcées lorsque d’autres indicateurs, tel l’indice de développement humain (IDH), sont mobilisés. Celui-ci, pour la première fois depuis son établissement en 1990, devrait baisser en 2020.
Une approche plurielle mais avec un indicateur central
Pour donner corps à son ambition d’éradication de la pauvreté, la communauté internationale s’appuie sur une batterie d’indicateurs qui se raffinent et se complètent avec le temps. Concept multifacette, la pauvreté combine des dimensions relativement absolues (le dénuement intégral) et des dimensions absolument relatives (la situation des uns par rapport aux autres).
Un cadre général a été produit pour déterminer l’orientation des programmes de lutte contre la pauvreté, et évaluer leur efficacité. Ce cadre s’insère dans les grandes ambitions de la communauté internationale que constituent les Objectifs du développement durable (ODD). Ceux-ci suivent les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), établis pour la période 2000-2015. Les ODD sont eux-mêmes conçus pour la période 2015-2030. Le premier OMD ambitionnait de « réduire l’extrême pauvreté et la faim », avec une cible pour 2015 : la réduction de moitié de la proportion de la population dont le revenu était inférieur à un dollar par jour. Le premier ODD vise à éliminer complètement, à l’horizon 2030, l’extrême pauvreté dans le monde entier.
Les OMD ont accompagné une période d’optimisme et de forte réduction de la pauvreté. L’atteinte des ODD, en tout cas du premier d’entre eux, est remise en question par la crise du COVID-19. Mais avant toute observation sur les évolutions, il faut en revenir aux définitions. De quoi parle-t-on ? [...]
PLAN
- Une approche plurielle mais avec un indicateur central
- Deux décennies de progrès ininterrompus
- La crise du COVID-19 : une rupture historique
- Des prévisions préoccupantes
- Une rupture sur tous les indicateurs de pauvreté et de développement
Julien Damon est enseignant à Sciences Po et à HEC, et conseiller scientifique de l’École nationale supérieure de sécurité sociale (En3s).
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