Sur le fil : l’Asie de l’Est face à la Chine
L’Asie de l’Est est sans nul doute la région du monde qui concentre aujourd’hui à la fois le plus de tensions (politiques, militaires, stratégiques) et le plus d’intérêts (commerciaux, financiers, technologiques). Elle se trouve prise entre les deux fronts d’une rivalité sino-américaine qui oblige les États de la région à adapter leur positionnement vis-à-vis des deux grandes puissances, et particulièrement d’une Chine dont l’assurance politique et militaire croissante s’exerce aux dépens de ses voisins. L’objectif de ce dossier est d’examiner comment ces acteurs ménagent leurs intérêts et leurs vulnérabilités face à l’imposante puissance chinoise.
Céline Pajon décrypte la situation délicate dans laquelle se trouve Tokyo entre une forte dépendance économique vis-à-vis de la Chine et un renforcement significatif de l’alliance avec Washington et de ses partenariats stratégiques. L’objectif de Tokyo est de préserver ses intérêts économiques et la coexistence pacifique avec Pékin, tout en assurant ses arrières, grâce au soutien de l’allié américain et de ses autres partenaires.
Antoine Bondaz éclaire la double frustration persistante de la relation entre Séoul et Pékin. Il montre comment, en dépit d’épisodes de rapprochement et de la bonne volonté manifeste de Séoul, les deux États peinent à dépasser des différends structurels, au premier chef concernant la Corée du Nord. À l’instar du Japon, la Corée du Sud est engagée dans un exercice d’équilibrisme entre Pékin et Washington.
Autrement plus houleuse, la relation entre Taïwan et la République populaire de Chine (RPC) est porteuse des plus grands risques pour la stabilité régionale. Marc Julienne et John Seaman analysent la dégradation sans précédent de cette relation, les atteintes portées par Pékin au statu quo entre les deux rives, mais aussi l’émergence de Taïwan sur la scène mondiale comme acteur démocratique et responsable, et comme puissance technologique incontournable, y compris pour la Chine.
Sophie Boisseau du Rocher montre la force d’attraction, apparemment irrésistible, de la Chine sur la plupart de ses dix voisins méridionaux. Sous couvert d’une approche bienveillante, l’influence chinoise en Asie du Sud-Est s’intensifie, enserrant des pays dont la marge de manœuvre se réduit. Et pourtant : face aux prétentions chinoises en mer de Chine méridionale, certains tentent de renforcer leurs capacités navales, de recourir à l’arbitrage international, ou d’approfondir leurs partenariats de sécurité avec des puissances étrangères.
Dans une vision certes élargie de l’Asie de l’Est, le cas de l’Australie ne pouvait être ignoré. Nadège Rolland décrit l’entrisme chinois dans la politique et la société australiennes, les méthodes de collusion et de corruption du Parti communiste chinois pour pénétrer et influer sur les systèmes décisionnels australiens. D’où la réaction de l’Australie qui, depuis 2017, s’appuie sur les instruments de sa propre démocratie pour se prémunir contre l’ingérence chinoise.
L’apport majeur de ce dossier est d’éclairer les dynamiques communes à ces pays et leurs relations à la Chine. Quatre tendances peuvent être identifiées.
La première est la rupture, dans la seconde moitié des années 2010, de la dynamique positive qui sous-tendait jusqu’alors les relations diplomatiques entre la Chine et ses voisins d’Asie de l’Est. L’optimisme lié à l’expansion de la coopération entre la Chine et ses voisins cède la place à la défiance, en réponse à la multiplication des tensions et intimidations. [...]
Marc Julienne, chercheur, est responsable des activités Chine au Centre Asie de l'Ifri
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Sur le fil : l’Asie de l’Est face à la Chine
Crise de l’Union européenne ou crises de la démocratie ?
Les institutions européennes sont régulièrement mises en cause pour leur déficit démocratique. Pourtant, depuis les années 1990, les traités successifs ont instauré différents instruments permettant de pallier ce déficit. Aujourd’hui, la crise de l’Union européenne est sans doute plus profonde et dépasse la question du fonctionnement des institutions. Elle touche la confiance même qu’ont les citoyens dans le projet d’intégration et dans la démocratie.
L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique
L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.
Brexit : une certaine idée de l’Europe
Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.
Conflits locaux : le mal insidieux de l’Afrique
Les conflits locaux, de plus en plus nombreux et dévastateurs en Afrique, ne sont le plus souvent analysés par les acteurs internationaux qu’à travers le prisme des conflits ou des déstabilisations d’États. Leur nature complexe, le mélange qu’ils opèrent entre traditions et modernité, leurs rapports aux niveaux national et international doivent faire l’objet d’approches nouvelles, à la fois stratégiques et ponctuelles. Des approches qui doivent intégrer les dimensions militaires et civiles.