Ukraine : comprendre la résistance
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 n'a pas abouti au résultat escompté par Vladimir Poutine. Les troupes russes ont en effet été confrontées à une forte résistance de l'armée ukrainienne et, plus largement, de la population. L'ampleur et l'efficacité de cette résistance peuvent être expliquées par le développement du sentiment national ukrainien depuis 2014 et par la mise en place, à partir de la même année, d'un réseau de volontaires lié au conflit dans le Donbass.
Nombre d’observateurs ont été déconcertés par l’ampleur de l’attaque ouverte par la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022, mais la résistance ukrainienne a encore plus surpris. Alors que les gouvernements occidentaux estimaient que Kiev risquait de tomber en quelques jours, submergée par l’offensive éclair de la Russie, les troupes russes n’ont en fait pas réussi à encercler la capitale et ont fini par se retirer du nord du pays à la fin avril.
Les faiblesses structurelles de l’armée russe et les problèmes logistiques rencontrés sur le terrain y sont probablement pour beaucoup, tout comme l’importante aide militaire fournie à l’Ukraine par les pays occidentaux. Mais parmi les explications majeures, on soulignera l’intensité de la résistance offerte par l’armée ukrainienne, par les groupes d’autodéfense constitués dès les premiers jours de l’invasion et par une grande partie de la population. De nombreuses images d’habitants insultant les troupes russes ou tentant de bloquer l’avancée de leurs tanks ont ainsi circulé sur les réseaux sociaux dès le début de la guerre. Comment expliquer l’ampleur de cette résistance ukrainienne ?
Sous-estimée a priori tant par les observateurs occidentaux que par les élites russes, celle-ci n’est pourtant pas étonnante si l’on considère les profondes recompositions de la société ukrainienne de ces huit dernières années, marquées par le mouvement de Maïdan, l’annexion de la Crimée, la guerre du Donbass et le tournant euro-atlantique des autorités.
2014 : la fin du statu quo postsoviétique
Le 24 août 1991, l’Ukraine devient indépendante dans les frontières de la République socialiste soviétique éponyme. Ses différentes régions sont héritières de trajectoires socio-historiques variées : au moment où le mouvement national ukrainien se développe, au début du XIXe siècle, le territoire correspondant à l’Ukraine actuelle est partagé entre l’Autriche-Hongrie à l’ouest et l’Empire russe au centre et à l’est. […]
PLAN
- 2014 : la fin du statu quo postsoviétique
- Le maintien de la cohésion nationale dans les années 1990 et 2000
- Un statu quo remis en cause par des forces internes et externes - De profondes reconfigurations des identités politiques et nationales depuis 2014
- La consolidation d’une majorité pro-ukrainienne
- Une reconfiguration des identités ethno-nationales
- Le rôle clé des « volontaires » et de l’État ukrainien - Des compétences militaires et humanitaires développées en huit ans de guerre
- Des réseaux d’aide militaire et humanitaire réactivés
- Des savoir-faire développés depuis 2014
- Une société influencée par la guerre - Comment l’Ukraine sortira-t-elle de la guerre ?
- Sur le court terme : de quoi la Russie se contentera-t-elle ?
- Sur le long terme : une Ukraine et des Ukrainiens définitivement détachés de la Russie
Hervé Amiot est un ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de géographie. Il est doctorant à l'université Bordeaux-Montaigne et chargé d'enseignement à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
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