Une nouvelle architecture de sécurité pour l'Europe ?
Une architecture de sécurité est un ensemble normatif et institutionnel surplombant un système plus ou moins stable de sécurité. Quels que soient les résultats sur le terrain, la guerre d'Ukraine se soldera sans doute par une nouvelle fracture européenne, avec une ligne de division beaucoup plus à l'est que celle de la guerre froide. Une nouvelle architecture de sécurité n'est donc pas en vue, même si les puissances peuvent s'accorder sur des normes de stabilisation visant à réduire le danger.
Au fil de la guerre d’Ukraine, de son escalade, et avec une perspective de sortie toujours incertaine, il peut sembler quelque peu prématuré de parler d’un nouveau système de sécurité, voire même d’une architecture de sécurité pour l’Europe. Il n’est pourtant pas trop tôt pour revenir sur les raisons qui expliquent l’échec de la précédente architecture – ou de ce qui se faisait passer pour tel – et pour en tirer les leçons, en espérant qu’au moins elles ne soient pas ignorées, le temps venu.
Les architectures successives de la sécurité européenne
Il faut tout d’abord bien avoir à l’esprit qu’une « architecture de sécurité » n’existe pas en soi. Comme superstructure d’institutions, de normes, de principes, de conventions, toute architecture a un soubassement, plus ou moins stable, de relations de puissance, lequel constitue un « système de sécurité » – ou, simplement, un ordre mondial. L’architecture en question dépend fondamentalement de ces fondations et doit leur correspondre.
Ces fondations, par contre, peuvent exister sans architecture élaborée. L’équilibre des puissances européen qui exista tout au long du XVIIIe siècle, avant que Napoléon ne l’abatte en installant une provisoire domination continentale de la France, n’avait d’abord nécessité aucune architecture paneuropéenne. Par la suite, le rapport des forces s’imposa : Napoléon fut battu et le congrès de Vienne mit sur pied non seulement un règlement de paix, mais l’architecture nécessaire pour le gérer.
Cette architecture prit la forme du Concert européen, soit un ensemble de conventions organisant les relations entre les grandes puissances du temps, et un pôle plus structuré en Sainte-Alliance, qui réunissait les principaux acteurs du continent autour des valeurs conservatrices des légitimités monarchiques. L’une des réalisations majeures de cette architecture viennoise fut la pleine inclusion, après 1818, de la France, puissance vaincue, à parité avec les vainqueurs. Cette architecture réussit à éviter la guerre de revanche, à assurer la paix entre puissances majeures pour quatre décennies et une paix paneuropéenne durant presque un siècle.
Cet équilibre des puissances devait être contesté par l’Allemagne, qui déclencha et perdit le premier conflit mondial. Un nouvel équilibre fut restauré mais l’architecture de sécurité construite à Versailles, avec un traité de paix et la création d’une Société des Nations censée gérer les relations internationales, était clairement discriminatoire à l’égard de la puissance vaincue. […]
PLAN
- Les architectures successives de la sécurité européenne
- Du conflit à la guerre
- Un continent européen profondément affecté
- Un rôle pour les Européens ?
- Un nouvel équilibre continental
Dmitri Trenin est membre du Council on Foreign and Security Policy et du Russian International Affairs Council, à Moscou.
Traduction par Dominique David.
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