Une politique russe à la française pour l’Europe ? Irréaliste et contradictoire
Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur d’une redéfinition des relations avec Moscou. Ses déclarations ont provoqué des remous en Allemagne. La chancelière et son ministre des Affaires étrangères sont partisans d’une ligne dure face à Vladimir Poutine, même si les coopérations germano-russes sont nombreuses. Une partie de l’élite politique et économique allemande conteste la politique russe d’Angela Merkel et souhaiterait que l’Allemagne se montre plus conciliante à l’égard de la Russie.
Les récentes déclarations du président Macron sur la nécessité de remanier en profondeur les relations de l’Union européenne (UE) avec la Russie, et de créer un nouveau cadre pour la sécurité en Europe ont suscité un grand émoi en Allemagne. Le gouvernement et le public allemands ont découvert que la France plaidait pour que la Russie recouvre son droit de vote au Conseil de l’Europe. Avant le G7 du mois d’août 2019, Emmanuel Macron a invité le président russe Vladimir Poutine au fort de Brégançon. Ce même mois, dans son discours à la Conférence des ambassadeurs, il a demandé aux diplomates de repenser le lien avec la Russie, arguant que l’Europe ne pouvait être ni stable ni en sécurité avec des relations ambiguës ou tendues avec Moscou. En septembre, le président envoyait ses ministres des Armées et des Affaires étrangères à Moscou pour réveiller le Conseil de coopération bilatéral, stoppé après l’annexion de la Crimée en 2014.
En novembre, Emmanuel Macron déclarait dans The Economist qu’il considérait l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) comme une institution dépassée. Peu après, sans s’être assuré de l’accord de ses alliés, il adressait à Vladimir Poutine un courrier où il certifiait étudier sérieusement l’idée russe d’un moratoire sur les missiles à moyenne portée – une proposition que l’OTAN avait auparavant rejetée à l’unanimité.
Les initiatives russes du président français ont relancé en Allemagne un débat qui agite le pays depuis des années à propos de la politique russe. Divers acteurs ont saisi au bond son argumentation pour faire entendre à nouveau leur point de vue, et tenter d’influer sur l’opinion allemande et la politique fédérale. On va ici examiner les arguments avancés par Emmanuel Macron, s’interroger sur leur résonance en Allemagne, voir dans quelle mesure existent encore des points communs entre les positions et politiques de l’Allemagne et de la Russie, et surtout se demander si une réorientation de la politique russe européenne est judicieuse, et réalisable, dans la situation actuelle.
Comprendre la Russie – mais comment ?
L’appel du président français à « repenser notre lien avec la Russie très profondément », sa conviction « qu’il nous faut […] profondément rebattre les cartes » et « construire une nouvelle architecture » avec ce pays, nourrit le débat politique en Allemagne. Ainsi des publications récentes critiquent-elles vertement les travaux menés sur l’Europe de l’Est, les comptes rendus des médias mainstream, et la politique du gouvernement vis-à-vis de la Russie. […]
PLAN
- Comprendre la Russie – mais comment ?
- Rejet, isolement et destruction de la Russie ?
- Une Europe « cheval de Troie » des États-Unis
- Failles et contradictions du diagnostic français
- La marge de manœuvre réduite du gouvernement allemand
- Que faire ?
Hannes Adomeit est chercheur associé à l’Institut für Sicherheitspolitik der Universität Kiel (ISPK, Allemagne).
Traduit de l'allemand par Cadenza Academic Translations.
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Une politique russe à la française pour l’Europe ? Irréaliste et contradictoire
Crise de l’Union européenne ou crises de la démocratie ?
Les institutions européennes sont régulièrement mises en cause pour leur déficit démocratique. Pourtant, depuis les années 1990, les traités successifs ont instauré différents instruments permettant de pallier ce déficit. Aujourd’hui, la crise de l’Union européenne est sans doute plus profonde et dépasse la question du fonctionnement des institutions. Elle touche la confiance même qu’ont les citoyens dans le projet d’intégration et dans la démocratie.
L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique
L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.
Brexit : une certaine idée de l’Europe
Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.
Conflits locaux : le mal insidieux de l’Afrique
Les conflits locaux, de plus en plus nombreux et dévastateurs en Afrique, ne sont le plus souvent analysés par les acteurs internationaux qu’à travers le prisme des conflits ou des déstabilisations d’États. Leur nature complexe, le mélange qu’ils opèrent entre traditions et modernité, leurs rapports aux niveaux national et international doivent faire l’objet d’approches nouvelles, à la fois stratégiques et ponctuelles. Des approches qui doivent intégrer les dimensions militaires et civiles.